Afrique de l’Ouest: Le carnage d’Inates remet en cause les capacités du G5 sahel à mettre fin au terrorisme


Le pays vient de connaître l’attaque la plus sanglante depuis la mise en place de la force française Barkhane visant à sécuriser le Sahel, quelques jours seulement après la convocation du président Emmanuel Macron de réunir ses homologues de la région.

C’est une revers pour les pays du G5 sahel et pour la France. Les groupes djihadistes au Niger ont mené une attaque contre les armées du Sahel. Le bilan fait état de soixante et onze morts et de nombreux disparus. Cette attaque remet en cause la stratégie de lutte contre des groupes jihadistes qui ont toujours eu une longueur d’avance sur les armées régulières et leurs alliées.

En effet, des centaines d’assaillants jihadistes ont mené, le 10 décembre, un assaut contre le camp militaire d’Inates au Niger, infligeant un revers sans précédent à l’armée du pays, obligeant Emmanuel Macron à reporter en janvier 2020 le sommet consacré à l’opération Barkhane et à la force conjointe du G5 Sahel, initialement prévu le 16 décembre à Pau, en France.

L’attaque d’Inates met clairement en lumière les difficultés des forces armées à lutter contre les jihadistes. Au-delà, c’est tout le Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso, Mauritanie et Tchad) qui est visé par les attaques de plus en plus déterminées de groupes islamistes armés, en dépit de la présence des militaires français de la force antiterroriste Barkhane. Avant le Niger, le Mali a été frappé par une série d’assauts sanglants, lors desquels plus de cent quarante soldats ont été tués, provoquant un véritable traumatisme. Le Burkina avait perdu vingt-quatre militaires en août dernier, dans un assaut contre la base de Koutougou. On apprend que les assaillants étaient organisés tactiquement, bien équipés avec des mortiers et des « véhicules kamikazes ».

Les groupes jihadistes n’hésitent donc plus à attaquer de front des postes militaires et l’assaut d’Inates est emblématique. Le ministre nigérien de la Défense, Issoufou Katambé, « ne s’explique pas que des colonnes de jihadistes aient pu ainsi progresser et passer impunément à l’attaque dans une zone si surveillée que la région d’Inates. » Il indique que l’Etat du Niger va « faire le point » pour comprendre « ce qui s’est réellement passé ».

Ahmedou Ould Abdallah, ancien haut fonctionnaire de l’ONU, président du Centre pour la stratégie et la sécurité dans le Sahel-Sahara (Centre4s)-, a été témoin de la descente aux enfers du Sahel aux prises avec les mouvements terroristes. Des forces spéciales françaises sillonnent la région pour contenir les mouvements jihadistes qui y ont trouvé un terrain de jeu. Mais leur présence n’est pas du goût de tous. Des voix s’élèvent pour leur attribuer des agendas cachés. Certains n’hésitent pas à dénoncer « un prolongement de la mainmise française sur ses anciennes colonies ». Dans le contexte actuel du Sahel, Ahmedou Ould Abdallah estime: » Cette région a besoin de soutien militaire et financier extérieur. La menace est sérieuse. Nos pays n’ont pas les moyens de faire face. Ni les ressources financières ni l’endurance et la cohésion pour faire face à toutes ces attaques, surtout quand elles prennent parfois des dimensions ethniques ».

Faire face à la menace terroriste au sahel

Comment faire face aux groupes armés qui ravagent le Sahel sans disposer de forces de sécurité à la hauteur de la tâche ? interroge-t-il, constatant malheureusement que les armées de la région n’ont pas les moyens de faire face à la menace. « Il faut professionnaliser davantage les armées. Je pense que le tribalisme, le favoritisme excessif ne contribuent pas à la professionnalisation des armées. Ils constituent même des menaces à l’unité des pays. Il faut sortir des armées formées pour protéger les pouvoirs en place. L’armée ne doit pas être là pour protéger un régime. Elle doit être professionnelle », soutient-il.

Mettre fin aux spéculations sur les réseaux sociaux

Selon Ahmedou Ould Abdallah le concept « des forces de maintien de la paix » de l’ONU est à revior, devenu totalement obsolète, mais sans « abandonner le Sahel à ses démons. Il invite la population sahélienne à éviter de tomber dans le piège des spéculations véhiculées par les réseaux sociaux sur un prétendu complot ourdi contre elle. Les pays de la région, pense-t-il, ont plus que jamais besoin de constituer des fronts intérieurs regroupant toutes les composantes de la classe politique et de la société civile pour faire face aux mouvements radicaux qui se développent dans la bande sahélo-saharienne.



actuniger

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