Brexit : les Européens se préparent à une négociation inédite en un temps record



Qui l’eût cru ? La 
très nette victoire électorale

de Boris Johnson, au Royaume-Uni, a été accueillie à Bruxelles avec une joie aussi puissante que paradoxale. Certes, les attaques récurrentes de Johnson contre l’Union européenne ont fait de lui un personnage très peu apprécié dans la capitale européenne. Mais dans les couloirs du Conseil, qui réunit les Etats-membres, « nous avons tous poussé un grand ouf de soulagement en voyant la fin du tunnel », avoue un proche des négociations. Cette fois, 
l’accord devrait être ratifié

. Et le Brexit, concrétisé.

Pas d’extension en vue

Personne ne se fait d’illusion pour autant : la période qui s’ouvre 
ne sera pas un long fleuve tranquille

. Mieux vaut même, avoue la même source, « se préparer à une fin 2020 très intense, avec une pression maximale ». La période de transition, qui doit débuter le 1er février prochain, se termine en effet le 31 décembre de la même année. Et les récents propos de Boris Johnson viennent de confirmer ce que beaucoup avaient déjà compris : il n’y aura pas de demande d’extension de cette transition. Non seulement le prix politique à payer serait lourd pour le Premier ministre britannique, mais il faudrait pour cela, en plus, que la demande en soit formulée avant le 1er juillet 2020. Impensable.

Quant à l’idée que les 28 se réunissent in extremis, fin 2020, pour décider, malgré tout, d’une prolongation, elle est tout simplement impossible au plan juridique : les modalités de la transition sont gravées dans le marbre du traité de divorce qui doit être bientôt ratifié. Cette date limite-là, 
contrairement à toutes celles qui ont précédé

dans la saga du Brexit, ne changera pas. Ce qui, rétrospectivement, apparaît comme une erreur des Européens. Mais une erreur excusable : la transition a été conçue à une époque où le Brexit devait devenir effectif le 29 mars 2019, laissant du temps aux négociateurs pour parler d’avenir.

Allers et retours

Désormais, c’est un calendrier très serré qui se dessine. Les tractations devront se dérouler en 11 mois. Et encore : le 1er février, un mandat de négociation sera proposé pour donner à l’équipe de Michel Barnier le pouvoir de négocier. Mais ce mandat ne sera adopté par les Etats-membres que fin février. Une procédure qui peut sembler longue mais qui est en réalité très rapide dans les standards européens : il s’agit pour les Etats-membres de confier à la Commission une mission capitale, et d’être en mesure de signer rapidement, en fin d’année, ce qui aura été négocié par elle. Autant dire que, contrairement aux accords commerciaux traditionnels, les Etats voudront que les modalités des tractations soient définies de manière à garder, en permanence, un oeil sur ce qui se négocie avec Londres. « Il y aura des allers et retours avec les Etats-membres sur une base hebdomadaire », assure une source européenne.

Bras de fer

Il faudra surtout définir les priorités : tous les sujets ne pourront pas être résolus en si peu de temps. L’un des plus urgents concernera les coopérations futures en matière de sécurité. Mais les convergences d’intérêt sont, sur ce point, assez claires. En revanche, l’accord de libre-échange s’annonce tout aussi capital, mais bien plus épineux : c’est là que Londres devra enfin trancher entre un Brexit dur, lui permettant de regagner en autonomie, et une proximité préservée avec les Européens afin de ne pas perdre son accès privilégié au marché unique. Les Vingt-sept s’attendent à un grand bras de fer en deuxième moitié d’année prochaine. Avec, des deux côtés, l’interdiction d’échouer, sauf à créer, pour de bon, le chaos aux frontières, et à plonger l’économie dans une situation de crise aiguë.



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