Burkina : « Les paroles de Kémi Séba n’ont rien d’injurieux », martèle Hervé Ouattara d’Urgences Panafricanistes


Le chef de l’ONG Urgences Panafricanistes, Kémi Séba, est toujours entre les mains des pandores. Va-t-il être inculpé ou expulsé pour ses propos jugés « insultants » contre le président du Faso, lors de sa dernière sortie médiatique à l’Université Joseph-Ki Zerbo ? En attendant d’y voir clair, nous sommes rentrés en contact avec Hervé Ouattara, représentant de l’ONG Urgences Panafricanistes au Burkina. Dans un entretien téléphonique, dans la matinée du mardi 24 décembre 2019, l’homme est revenu sur la présence de manifestants devant son domicile et sur les réactions que suscite encore le discours de Kémi Séba. Lisez plutôt !

Lefaso.net : Vous sentez-vous toujours menacés après que votre domicile a été assiégé par des jeunes ?

Non pas du tout ! Je ne me sens pas menacé. Comme je l’ai dit toujours, j’appartiens à une famille politique qui a été très solidaire et qui ne m’a pas laissé seul dans cette dure épreuve. Je me sens plus que jamais décidé à continuer le combat.

Lefaso.net : Pensez-vous que cette mobilisation de jeunes devant votre domicile était téléguidée par une main politique ?

Imaginez-vous que des jeunes se retrouvent devant votre porte et que le leader soit un chargé de mission d’un ministre de la place et le neveu d’un puissant du parti au pouvoir comme Simon Compaoré. A ma place que penserez-vous ? C’est lui qui criait mon nom en me demandant de sortir de ma maison.

Lefaso.net : Allez-vous leur intenter un procès ?

Ce sera fait.

Lefaso.net : Avez-vous des nouvelles de Kémi Séba ?

Il est toujours en détention entre les mains de la gendarmerie et attend d’être présenté au procureur.

Lefaso.net : Que lui reproche-t-on ?

Outrage au président, démoralisation et incitation aux troubles de l’ordre public ou quelque chose du genre.

Lefaso.net : Avez-vous été auditionné par la gendarmerie ?

Oui, j’ai été auditionné par la gendarmerie ce matin.

Lefaso.net : Revenons sur les propos de Kémi Séba qui ont fait couler beaucoup d’encre et de salive. Vous ont-ils choqué ou gêné ?

Vous savez, il va falloir qu’on avance. Lorsque Kémi Séba est venu au Burkina l’an passé, il a dépeint l’impérialisme sous toutes ses facettes. Il a été très bien applaudi et a été reçu par le président du Faso. Il a même été invité par certains hauts cadres du pouvoir et il devait animer une conférence à Bobo-Dioulasso. Sauf qu’à un moment, cette conférence n’a pas eu lieu et l’activité a été ramenée à Ouagadougou.

Ce n’est pas parce que Kémi Séba a tenu des propos qu’il a l’habitude de tenir, et que cette fois-ci ça concerne le président Kaboré, que nous devons crier sur tous les toits. De toute évidence, Kémi Séba aujourd’hui rappelle ce que nous traversons en tant que Etat souverain qui cherche à s’autodéterminer. Nous sommes pris en otage dans une oligarchie qui ne dit pas son nom. Voilà pourquoi il faut dépassionner ce débat. Les paroles de Kémi Séba n’ont rien d’injurieux, rien d’outrageux. Mieux, c’est une situation qu’il dépeint et nous l’avons intégré ainsi.

Lefaso.net : Certains estiment qu’il a poussé le bouchon trop loin en faisant une comparaison de la gestion sécuritaire du Président Roch et celle de l’ancien président Blaise Compaoré .

Il faut que nous soyons réalistes. Ce que nous vivons aujourd’hui comme situation sécuritaire n’a jamais eu d’égal dans l’histoire du pays. Si vous posez cette même question à ceux du Sanmatenga, ou ceux de l’Est, vous serez étonnés de la réponse. Vous savez, des dizaines de personnes meurent, des villages sont occupés et il y a près d’un million de réfugiés. Et vous pensez que ces personnes ont les mêmes sentiments que vous ?

Non, je ne le pense pas. Faire cette comparaison entre le président Roch Kaboré et Blaise Compaoré, c’est juste une façon de rappeler aux uns et aux autres que nous sommes dans une situation très difficile et que le peuple subit ce qu’aucun président ne lui a fait subir. C’est assez clair. Il ne faudrait pas en faire un problème politique. Il a juste rappelé des faits réels que le peuple burkinabè vit. D’ailleurs, Blaise Compaoré n’est pas le seul président à avoir été cité. Il y en a eu d’autres. Même Yacouba Isaac Zida a été également cité.

Lefaso.net : Que répondez-vous à ceux qui pensent que le président Kaboré devrait saisir la main tendue de Blaise Compaoré pour lutter contre le terrorisme ?

Je ne pense rien. Le président Kaboré a été élu par le peuple. C’est à lui de décider qui il veut voir ou qui il ne veut pas voir ; qui il veut recevoir ou non. Mais tout compte fait, il a intérêt aujourd’hui à accepter que nous allions dans une réconciliation véritable et arrêter la chasse à l’homme. C’est clair et évident que la fracture sociale dans laquelle nous sommes aujourd’hui ne peut qu’aller crescendo.

Lefaso.net : Si Kémi Séba est inculpé ou expulsé du Burkina, quelle sera la suite à Urgences panafricaines ?

Nous allons continuer le combat. De toutes les façons, c’est un mouvement qui est présent un peu partout en Afrique. Nous avons notre chronogramme et notre agenda. A l’heure où je vous parle, nous sommes en train de tenir des rencontres avec d’autres organisations panafricaines du Burkina et d’ailleurs. Et nous attendons que le mot d’ordre soit donné pour que nous rentrions en action.

Lefaso.net : Que devons-nous entendre par là ?

Vous serez avisé en temps opportun dans un bref délai.


Lefaso.net : Votre mot de fin

Nous devons nous départir des questions qui passionnent et des récupérations politiques et voir en face la réalité dans laquelle nous vivons. Aujourd’hui, notre pays est en otage comme le Mali, le Niger et bien d’autres. Il ne faut pas se leurrer. La façon dont les différents régimes gèrent ces questions aujourd’hui coûte la vie à des milliers de jeunes. Il ne faut pas voir en Kémi Séba un trouble-fête mais il faut voir la profondeur de ce qui a été dit et l’analyser comme tel.

Propos recueillis au téléphone

Par Herman Frédéric Bassolé

Lefaso.net





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