au Japon, “le procès du siècle n’aura pas lieu”



Le Franco-Libano-Brésilien, ancien patron de l’alliance automobile Renault-Nissan, a rallié le Liban malgré son assignation à résidence à Tokyo. Au Japon, l’événement est accueilli par certains comme un mal pour un bien, note le Wall Street Journal.

L’évasion est “osée”, euphémise le Wall Street Journal. Entre lundi 30 et mardi 31 décembre, Carlos Ghosn s’est soustrait au régime d’assignation à résidence auquel il était soumis, au Japon. Direction le Liban, pays dont il est citoyen. “La justice japonaise avait joué sur l’élément de surprise, en novembre 2018, lorsqu’elle avait cueilli l’ancien patron de l’alliance Renault-Nissan à sa descente d’avion, à Tokyo, rappelle le quotidien américain. Mais mardi, c’est M. Ghosn qui a surpris son monde. Les Japonais ont commencé une période de six jours de congé en apprenant que le prévenu le plus célèbre du pays avait quitté la ville.”

Si les circonstances de la fuite demeurent floues, une chose est sûre : “Carlos Ghosn a rendu quasiment impossible la tenue de ce qui était considéré comme le procès du siècle.” Comme le précise l’ancien procureur Yoji Ochai auprès du Wall Street Journal, “le système judiciaire nippon ne permet généralement pas les procès en l’absence du prévenu, sauf dans de rares cas qui ne s’appliquent pas à Ghosn”.

Soupçonné de malversations financières et d’avoir minimisé ses revenus dans les rapports annuels de Nissan, un constructeur automobile japonais, l’homme d’affaires ne sera donc certainement pas jugé au printemps 2020, comme cela avait été évoqué, “le Japon n’ayant pas d’accord d’extradition avec le Liban”.

Une épine retirée du pied

Pour justifier son acte, Carlos Ghosn a soutenu dans un communiqué avoir fui un système où prévaut la présomption de culpabilité : “Je n’ai pas fui la justice, je me suis libéré de l’injustice et de la persécution politique”, a-t-il déclaré. Tout aussi surpris que le reste du monde, l’avocat japonais du Franco-Libano-Brésilien a pour sa part affirmé comprendre les craintes de son client quant à l’impossibilité de connaître un procès juste, contrairement à ce qu’assurent les autorités judiciaires.

Et la situation est ironique, pointe le journal financier :

Paradoxalement, les juges du tribunal de Tokyo étaient manifestement prêts à entendre la version de Ghosn, puisqu’ils ont par deux fois prononcé sa remise en liberté provisoire sous caution [et sous résidence surveillée] – une décision vivement contestée à chaque fois par le parquet, qui craignait une fuite du prévenu et la destruction de preuves.”

Dans le pays, “les réactions ont été sobres”, note le Wall Street Journal. “Certains estiment qu’il est préférable pour le Japon de ne pas laver le linge sale du constructeur Nissan au moment où la capitale Tokyo accueillera les Jeux olympiques d’été.” Pour d’autres en revanche, l’événement “constitue le pire raté de l’histoire de la justice japonaise”. D’après l’avocat Chuko Hayakawa, ancien député du parti du Premier ministre Shinzo Abe, “cela montre que Carlos Ghosn n’a aucun respect pour la justice japonaise, les tribunaux et même ses propres avocats”.

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C’est la bible des milieux d’affaires. Mais à manier avec précaution : d’un côté, des enquêtes et reportages de grande qualité ; de l’autre, des pages éditoriales tellement partisanes qu’elles tombent trop souvent dans la mauvaise foi la plus

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