Au Pakistan, Junaid Hafeez condamné à la pendaison



Un an après l’acquittement de la chrétienne Asia Bibi, l’universitaire et auteur écope de la peine de mort pour avoir dénigré Mahomet sur Facebook, en 2013.
 

Au Pakistan, le blasphème peut toujours conduire à la pendaison. Si la chrétienne Aasiya Noreen, surnommée Asia Bibi, a fini par être acquittée en octobre 2018 de la peine capitale à laquelle elle avait été condamnée en 2011 pour s’être servie d’eau dans un puits réservé aux musulmans, Junaid Hafeez n’a pas eu cette chance. Ce maître de conférence à l’université Bahauddin Zakariya de Multan, dans le centre du pays, est accusé d’avoir dénigré le prophète Mahomet sur Facebook en 2013. Samedi 21 décembre, il a été décidé qu’il serait “pendu par le cou jusqu’à sa mort”.

Comme le rappelle Dawn, “Junaid Hafeez avait été arrêté en mars 2013 et son avocat avait été abattu à son cabinet en mai 2014” par trois hommes armés, après avoir reçu durant une audience des menaces de mort de la part des avocats de la partie civile. Le dossier est assez rocambolesque, puisque “au moins sept juges ont été déchargés au cours de la procédure judiciaire”.

“Vague de peur et d’intimidation”

Compte tenu de ce contexte, on ne peut que se demander si le juge de la décision finale a tenu compte des arguments de l’accusation et de la défense entendus au cours des six dernières années”, estime The Nation, qui soupçonne le procès de ne pas avoir été “aussi équitable qu’il aurait dû l’être”, si l’on compare le chef d’accusation et la peine finalement prononcée.

Junaid Hafeez a décidé de faire appel et il faudra que les magistrats “prennent en compte tous les rebondissements” qui se sont produits, en espérant que la justice “prime sur tout le reste” in fine, explique le journal. La famille du condamné a publié, elle, un communiqué pour pointer “la vague de peur et d’intimidation” qui a déferlé sur la défense pendant toutes ces années.

Vendredi 27 décembre, indique le Daily Times, des experts des droits de l’homme aux Nations unies ont appelé les juges pakistanais à revenir sur leur sentence et à annuler l’accusation de blasphème portée contre l’universitaire, dénonçant “la parodie de justice” qui a prévalu en première instance. D’après eux, cette condamnation à mort “n’a aucun fondement, ni en droit ni en preuves, et est donc contraire au droit international”. L’exécution de la peine “équivaudrait à un meurtre arbitraire”, affirment-ils. Amnesty International dénonce pour sa part “une erreur judiciaire flagrante”.

Guillaume Delacroix





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