Allemagne : la convalescence de l’économie se prolonge



Les premières données statistiques publiées en ce début d’année confortent le sentiment que la 
convalescence de l’économie allemande

va se prolonger en 2020 et sera marquée par des soubresauts liés aux difficultés de l’industrie. Les chiffres du mois de novembre, publiés ce jeudi, donnent un avant-goût de cette situation en dents de scie, dont la sortie dépendra de la capacité de l’industrie à réussir sa mue numérique et écologique.

La production manufacturière a beau avoir rebondi de 1,1 % au mois de novembre grâce au dynamisme du secteur de la construction (+2,6 %), ce sursaut ne compense pas le recul des mois précédents : en réunissant octobre et novembre, la production est en baisse de 0,7 % par rapport aux deux mois précédents et, sur un an, le recul atteint 2,6 %. Dans le même temps les exportations allemandes ont chuté de 2,3 % sur un mois et de 2,9 % sur un an.

La faiblesse conjoncturelle de l’industrie n’a pas encore été surmontée.

« La faiblesse conjoncturelle de l’industrie n’a pas encore été surmontée », reconnaît le ministère de l’Economie dans un communiqué. L’amélioration de l’indice Ifo des attentes des entreprises le pousse encore à croire que « la situation [du secteur] devrait s’éclaircir quelque peu au cours des prochains mois ». Cet indice reste néanmoins en recul de 5,7 points, ce qui veut dire que les industriels s’attendent toujours à une baisse de la production dans les trois prochains mois.

La fièvre devrait être contenue

Une anticipation corroborée par la publication, mercredi, d’un recul de 1,3 % des commandes industrielles en novembre, soit une chute de 6,5 % sur un an. Très touché par les 
difficultés de l’industrie automobile

 dont la production est tombée en 2019 au plus bas depuis 1997, le secteur de la machine-outil a vu ses commandes dégringoler de 15 % en novembre et s’attend à enregistrer une baisse de 2 % de sa production en 2020.

A l’instar du gouvernement, les instituts économiques n’anticipent néanmoins pas de récession, mais plutôt une stagnation du PIB comprise entre 0,5 % et 1 %. « Le secteur des services reste dynamique, 

est robuste et soutient la consommation des ménages, au même titre que la politique fiscale expansive du gouvernement », qui représente 0,6% du PIB souligne Clément Fuest, président de l’institut Ifo de Munich.

La compétitivité allemande menacée

Il reste à savoir combien de temps durera la convalescence du coeur du réacteur de la première économie européenne. Au-delà des tensions internationales qui pèsent, le secteur industriel doit réinventer ses modèles économiques à l’aune de l’ère digitale et s’adapter aux nouvelles exigences environnementales. « La réponse dépend avant tout de l’engagement des entreprises, notamment des constructeurs automobiles qui affichent leur mobilisation », observe Clément Fuest.

L’économiste souligne néanmoins le rôle de l’Etat dans la mise à disposition d’un environnement compétitif. « L’Allemagne a l’une des fiscalités les plus lourdes pour les entreprises, il faut aussi adopter une politique énergétique attractive car toutes les industries du futur sont énergivores. Or la politique allemande fait le contraire, en renonçant simultanément au nucléaire et au charbon sans plan alternatif pour garantir aux entreprises des prix abordables », regrette Clément Fuest.

En matière de politique digitale, le tableau n’est pas plus encourageant. Selon une enquête de l’IfD Allensbach pour le centre européen de compétitivité digitale de l’ESCP présentée jeudi, 91 % des 500 leaders économiques et politiques interrogés estiment que le gouvernement n’a pas de concept convaincant et 67 % ne font confiance dans aucun des partis politiques pour montrer la voie. Un signal pour le moins alarmant pour l’attractivité économique future de l’Allemagne.



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