Consommation alimentaire : Ousmane Ouédraogo braque les projecteurs sur le statut nutritionnel des populations de la région du Centre-ouest


« Evaluation des profils de consommation alimentaire et statut nutritionnel des populations de la région du Centre-ouest du Burkina Faso ». C’est le thème sous lequel, Ousmane Ouédraogo a mené son étude dans le cadre de sa thèse de doctorat unique à l’Ecole doctorale sciences et technologies de l’Unité de Formation et de Recherche en sciences de la vie et de la Terre (UFR/SVT), département de biochimie-microbiologie, Université Ouaga 1 Pr Joseph Ki-Zerbo. Le lundi, 27 janvier 2020, l’impétrant a passé au peigne fin son travail devant un jury composé d’enseignants venus de plusieurs Universités et au terme duquel, il a été fait Docteur, spécialiste en nutrition humaine, avec la « Mention Très honorable ».

Pour satisfaire les besoins nutritionnels, il faut faire recours au modèle de consommation alimentaire spécifique à chaque pays, voire chaque localité du pays, qui traite des pratiques alimentaires, de la nature et la qualité des aliments consommés. En optant pour ce thème, « Evaluation des profils de consommation alimentaire et statut nutritionnel des populations de la région du Centre-ouest du Burkina Faso », Ousmane Ouédraogo décide d’évaluer les profils de consommation alimentaire et statut nutritionnel des populations concernées.

Pour parvenir à l’objectif visé, le doctorant a choisi pour zone de travail, la région du Centre-ouest du Burkina. Composée des provinces du Boulkiemdé, du Sanguié, de la Sissili et du Ziro, cette région est forte de 1 554 040 habitants, chiffres de 2016, (715 996 hommes et 838 044 femmes) répartis dans 119 541 ménages dont 87% résidant en milieu rural.

Ousmane Ouédraogo, pendant son exposé

Après plusieurs mois d’études sur le terrain au sein des populations, Ousmane Ouédraogo a présenté les résultats de son travail devant un jury composé de Pr André Jules Ilboudo, Professeur Titulaire en Technologie alimentaire à l’Université Joseph KI-Zerbo, Burkina, président du jury ; Dr Justine Mouécoucou, Maître de Conférences en Nutrition, HdR, Université des Sciences de la Santé, Gabon ; Dr Fatoumata Ba/Hama, Maître de Recherche en nutrition-sciences des aliments, DTA/IRSAT/CNRST, Burkina ; Pr Emile K. S. Amouzou, Professeur Titulaire en Biochimie/nutrition, Université de Kara, Togo (co-directeur de thèse) et Pr Mamoudou Hama Dicko, Professeur Titulaire en Biochimie/Biotechnologie, Université Joseph Ki-Zerbo, Burkina (Directeur de thèse).

Parents, amis et collègues ont suivi de bout en bout l’épreuve

L’étude a permis d’évaluer la consommation alimentaire des ménages, des femmes en âge de procréer et des enfants de six à 59 mois durant les trois périodes agricoles de l’année ainsi que l’état nutritionnel des couples mères/nouveau-nés. L’exploration révèle entre autres que les aliments consommés par les ménages et les individus (femmes et enfants) étaient dominés par les féculents.

L’analyse de la qualité nutritionnelle de la consommation alimentaire du ménage a été, elle, faite selon la méthodologie du PAM (Programme alimentaire mondial, 2015) : les aliments riches en vitamine A (laits, abats, œufs, légumes à feuilles vert-foncé, légumes et fruits riches en vitamine A), les aliments riches en protéines (légumineuses, produits laitiers, viandes maigres, abats, poissons et œufs) et les aliments riches en fer bio-disponible (viandes maigres, abats et poissons).

La base de sondage utilisée a été celle du recensement général de la population (RGPH) 2006, actualisée avec un ajustement sur le taux de croissance, comportant la population par village/ville.

La collecte des données de consommation alimentaire s’est, quant à elle, faite par un entretien en face-à-face avec les personnes concernées dans les ménages à l’aide d’un questionnaire à plusieurs sections et a porté sur la consommation alimentaire des ménages et la consommation alimentaire des individus.

De g. à d. : Dr Fatoumata Ba/Hama, Dr Justine Mouecoucou, Pr André Jules Ilboudo (président jury), Pr Mamoudou Hama Dicko et Pr Émile K. S Amouzou

« Au Burkina Faso, la situation alimentaire et statut nutritionnel des populations demeure préoccupante même, si la tendance, ces dernières années est à l’amélioration. En effet, chez les enfants de moins de cinq ans (ENN, 2016), 27,3% souffraient de malnutrition chronique, 19,2% souffraient d’insuffisance pondérale, 7,6% souffraient de malnutrition aiguë, 20,9% des enfants de 6 à 23 mois recevaient une AMA, anémie qui touchait près de 62% des femmes en âge de procréer », apprend Ousmane Ouédraogo.

Il révèle également qu’au Burkina, très peu de systèmes d’information opérationnels prennent en compte, à la fois, les données sur l’offre et la production alimentaire et celles sur l’accessibilité dans un même ensemble à l’échelle du ménage. Egalement, très peu d’études se sont intéressées aux connaissances, comportements, à l’organisation, à la répartition et les moments de prise alimentaires dans les ménages selon les périodes agricoles.

Or, mieux connaître le comportement alimentaire de la population permet, en effet, d’ajuster et d’orienter les actions d’informations et d’éducation nutritionnelles, devenues une utilité indiscutable. Le développement de ces actions de prévention nécessite une connaissance approfondie des habitudes de consommation alimentaire, mais aussi de leurs déterminants dans les populations concernées.

Au terme de son travail, Ousmane Ouédraogo a fait plusieurs recommandations à l’Etat burkinabè et autres parties-prenantes concernées. Ainsi appelle-t-il à promouvoir la diversification et l’augmentation de la production de cultures riches en nutriments, l’élevage à petite échelle et la pêche durable ; poursuivre la promotion de la pratique du maraîchage par les ménages, d’abord pour l’auto-consommation et seul le surplus de production devrait être vendu.

L’impétrant préconise également l’amélioration des techniques de transformation et de stockage afin de réduire les pertes post-récoltes, d’augmenter la conservation et la disponibilité des aliments au-delà des saisons ; l’extension des marchés et la facilité de leur accès aux groupes vulnérables ; la promotion de la scolarisation des enfants et surtout des jeunes filles et leur maintien à l’école. Il y ajoute la promotion de la nutrition et l’éducation alimentaire et nutritionnelle au niveau ménage et individuel ; l’amélioration de la disponibilité et la qualité des systèmes d’information multi-sectoriels qui recueillent des données relatives aux régimes alimentaires, à la composition des aliments et à la nutrition pour améliorer l’élaboration des politiques et d’encourager les initiatives de recherche sur les systèmes alimentaires et la demande alimentaire, qui sont axées sur la nutrition et orientées vers l’action.


A l’issue de son exposé, les membres du jury ont procédé à des observations de forme et de fond à intégrer dans le document final (si le travail venait à être reçu).

Dans cette deuxième partie de la soutenance, les enseignants ont salué non seulement la pertinence du thème, mais également la qualité du travail abattu par le doctorant. Pour des membres du jury, ce travail ouvre les perspectives d’études plus approfondies sur certains de ses volets.

Après cette phase de critiques, les membres de jury se sont retirés pour l’ultime acte, moment le plus attendu par le candidat et ses proches : la délibération. Les minutes qu’ont duré cet aparté entre les enseignants ne furent sans doute pas brèves pour le doctorant et ses proches. C’est dans cette atmosphère de suspens que Pr André Jules Ilboudo et ses co-équipiers dévoilent le verdict : le travail d’Ousmane Ouédraogo a valu auprès des spécialistes, la « Mention très honorable ».

Dr Ousmane Ouédraogo, recevant son parchemin du président du jury, Pr Ilboudo

Ousmane Ouédraogo, membre de la Société de nutrition du Burkina, est désormais Docteur en sciences biologiques appliquées avec pour spécialité, nutrition humaine.

Une nouvelle compétence pour le Burkina dans ce secteur majeur de la vie.

O.L

Lefaso.net





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