DIASPORA FRANCE : Accueil des Femmes Migrantes Atteintes du VIH


En partenariat avec
la région Ile-de-France avec Ikambere, Bernadette Rwegera accueille les
femmes migrantes atteintes du VIH. Par Faustine Kopiejwski

Pour
la deuxième année, la Région Île-de-France a voulu célébrer ces
Franciliennes qui s’engagent et font bouger les lignes. Les trophées
ellesdeFrance les ont récompensées pour leur courage, ou pour leurs
actions menées dans le domaine de l’innovation, de la création, de la
solidarité. Nous avons rencontré ces femmes extraordinaires: cette
semaine, on dresse le portrait de Bernadette Rwegera, fondatrice de
l’association Ikambere, prix de la Solidarité.

Il est rare que la
poignée de main dure aussi longtemps. Cette paume chaleureuse et ferme
qui se loge dans la vôtre pour ne plus s’en extraire, c’est sans doute
la manière qu’a Bernadette Rwegera de vous dire, avant même les premiers
mots, qu’elle ne vous lâchera pas. C’est la première assurance que la
sexagénaire, originaire du Rwanda, offre à celles qui franchissent la
porte d’Ikambere, l’association qu’elle a fondée en janvier 1997.
Laquelle accueille, tout près du Stade de France à Saint-Denis, les
femmes migrantes atteintes du VIH.

Accueillir et échanger

Des femmes dont
Bernadette Rwegera fait l’effort de retenir chaque prénom. Tous les
jours, la fondatrice d’Ikambere interrompt ses occupations et quitte son
bureau à l’heure du déjeuner, pour aller partager un moment de
convivialité avec celles qui sont accueillies à la cafétéria de
l’organisation. Epicentre de la structure, qui propose aussi sur place
des entretiens avec des assistantes sociales, des cours d’informatique,
des ateliers couture et dispose d’une salle de sport, le restaurant est
aussi au cœur du concept d’Ikambere. Offrir un repas et un moment
d’échanges à des femmes dans le besoin, souvent précaires et isolées,
voilà l’idée fondatrice d’Ikambere -“la maison accueillante” en
kinyarwanda, la langue du Rwanda. 

Son Rwanda natal,
Bernadette Rwegera l’a quitté à 33 ans pour rejoindre à Paris son mari,
rencontré à la fac de Butare, au sud du pays, quelques années plus tôt.
Ensemble, ils élèvent déjà deux filles, et auront un garçon sur le sol
hexagonal. “En Afrique, les gens croient que l’Europe, c’est l’eldorado.
Que l’argent vous attend au bord de la route. On s’imagine presque
qu’en arrivant à l’aéroport, une voiture va venir vous chercher”, se
souvient-elle amusée. Point de carrosse pourtant lors de son arrivée en
région parisienne, un beau jour d’août 1989. Bernadette Rwegera et sa
famille emménagent dans un petit trois pièces à Sarcelles, qui lui fait
regretter la grande maison avec jardin qu’elle possédait au pays.
Surtout, pendant que son époux travaille, elle doit s’occuper du foyer.
Une nouveauté pour celle qui, au Rwanda, avait aussi un job et plusieurs
employé·e·s de maison pour l’aider: “Nous avions des boys qui faisaient
tout,  un jardinier, une
nounou… Je me levais, j’allais travailler et je revenais, je ne touchais
à rien. En France, j’ai dû me mettre à faire tout, toute seule!” La
déconvenue est grande et, les premières semaines, Bernadette Rwegera n’a
qu’une envie: repartir.

« Les femmes peuvent faire avancer le monde. »

Peu à peu pourtant,
elle trouve ses marques. Son mari l’encourage à reprendre ses études.
Elle n’a pas les moyens de s’offrir l’école de haute couture dont elle
rêve, alors Bernadette Rwegera opte pour les hautes études en Sciences
Sociales à l’EHESS. Elle réalisera un mémoire sur l’économie du pagne
pour valider son diplôme, puis enchaînera sur un DEA en anthropologie.
C’est dans ce cadre qu’elle débutera ses recherches sur le VIH, toujours
encouragée sur ce sujet par son mari, lui-même employé à l’organisation
Pan Africaine de Lutte contre le SIDA (OPALS). Dans ce cadre-là, aussi,
qu’elle rejoindra en 1994 l’association Sol En Si, qui accueille les
familles touchées par le VIH. « On accueillait les enfants et les femmes
mais ces dernier·e·s ne faisaient que passer, il n’y avait pas de
moment de convivialité, de discussion. C’est en réalisant mon mémoire
que j’ai compris à quel point les femmes étaient isolées. J’ai voulu
réfléchir à quelque chose qui leur permettrait de se rencontrer, de se
soutenir mutuellement. » L’idée d’Ikambere était née.

Rwegera décorée par le gouvernement français de l’Ordre national du mérite 

Travailler avec des
femmes et pour les femmes relevait de l’évidence pour Bernadette
Rwegera. Elle se déclare féministe et estime que « les femmes peuvent
faire avancer le monde. Elles ont une grande importance dans la société
puisque ce sont elles qui font évoluer le noyau familial. » Mais ce sont
aussi, lorsque le VIH s’en mêle, les plus vulnérables. « Dans le
couple, c’est souvent la femme qui apprend qu’elle est malade avant son
mari, à l’occasion d’examens. Le fait qu’elle l’apprenne en premier,
c’est comme si c’était elle qui avait amené ça dans la famille »,
explique-t-elle. Dans le livre Ikambere, la maison qui relève les
femmes, qui vient de paraître, on apprend que la sœur de Bernadette
Rwegera est morte du SIDA. Mais la fondatrice d’Ikambere préfère ne pas
s’appesantir sur cette information, estimant que cette déchirure
familiale n’a pas été son moteur pour se lancer dans cette aventure.

Amour et bienveillance

Si l’on veut regarder
du côté de sa famille, c’est plutôt l’amour inconditionnel que lui a
donné son père que Bernadette Rwegera dit vouloir redistribuer aux
autres. Celle dont la mère est partie au Burundi alors qu’elle était
encore enfant, évoque avec beaucoup de pudeur le vide laissé par ce
départ définitif. Et préfère se concentrer sur le positif: un paternel
aimant, qui lui a donné « beaucoup d’affection » et lui a prodigué tout
le confort dont elle avait besoin pour grandir. Un papa qui l’emmenait
parfois à l’école sur son vélo, achetait de la viande une fois par
semaine -un luxe dans le Rwanda rural où elle vivait- et voyait en elle
une future religieuse. Si Bernadette Rwegera n’en a pas eu la vocation,
cette femme très pieuse dont la bible est posée juste à côté du clavier
d’ordinateur et qui ne loupe pas une seule messe le dimanche, aborde
sans aucun doute sa mission dans un esprit très chrétien: « Je pense que
j’ai beaucoup d’amour et de bienveillance », répond-elle quand on lui
demande quelles qualités sont nécessaires au quotidien pour faire
exister une telle structure depuis plus de vingt ans.

Bernadette Rwegera gère actuellement une équipe de 23 personnes et affirme qu’à Ikambere, « tout le monde se sent bien. Il y a dans l’équipe des personnes qui sont là depuis les années 90. Les gens partent d’ici pour avancer, évoluer, faire autre chose, mais très rarement par mésentente », explique celle qui abhorre les querelles intestines et croit plus que tout au pouvoir de la parole pour régler les problèmes. Il est vrai qu’en poussant la porte d’Ikambere, on est surprise par la joyeuse atmosphère qui règne dans les locaux. Cela tient aussi, forcément, à la considérable régression du SIDA depuis le lancement de l’association. Aujourd’hui en France, grâce aux antirétroviraux, on ne meurt plus de la maladie et la plupart des femmes contaminées deviennent indétectables et donc, non contagieuses. Un progrès qui change forcément toute la prise en charge des malades: « désormais, on fait des projets de vie avec les femmes », explique Bernadette Rwegera. Et cette victoire est aussi un peu la sienne.

Posté par rwandaises.com



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