En Pologne, Emmanuel Macron | Les Echos



Publié le 4 févr. 2020 à 17h15Mis à jour le 4 févr. 2020 à 17h56

Pas un mot de travers. Durant
sa visite de deux jours en Pologne

et en particulier lors des deux conférences de presse organisées après ses rencontres avec le président de la république Andrzej Duda et avec le Premier ministre Mateusz Morawiecki, le président Macron s’est appliqué à ne pas susciter la moindre polémique avec un gouvernement dont il ne cache pas être un farouche adversaire. Le président s’est montré conciliant, soulignant le nécessaire rapprochement entre la France et la Pologne et au rôle qu’il pourrait jouer pour façonner l’Europe de demain.

Loin de 
ses piques acides sur les dirigeants polonais

« ces esprits fous qui mentent à leur peuple » il a pris de la distance sur les griefs faits au gouvernement de mettre son système judiciaire sous tutelle politique : « Ce n’est pas à la France, a-t-il dit de donner de leçons à qui que ce soit ! », renvoyant la gestion de ces dérives à la Commission européenne dont c’est le rôle et dont il soutient la procédure ouverte contre la Pologne.

Prioritaire sur les aides au climat

Quant à ses récentes menaces de
fermer à la Pologne l’accès aux aides

à la transition tant qu’elle bloquerait l’agenda européen pour la neutralité carbone à l’horizon 2050, elles se sont muées en un soutien sans réserve. La Pologne doit pouvoir bénéficier en priorité des mécanismes de solidarité européens, notamment les financements du Fonds de transition juste. Emmanuel Macron espère ainsi convaincre plus efficacement Varsovie de se rallier à l
a position commune

de tous les autres pays de l’Union.

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Deux jours après la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, le président français est clairement désireux de renforcer son flanc est. Il est prêt à « passer outre les frontières politiques » pour « rendre l’Europe plus forte et plus unie » […] Il ne peut plus y avoir d’accord durable et viable sur chaque grand projet européen si la France et la Pologne ne travaillent pas ensemble », a dit un Emmanuel Macron très policé.

L’enjeu de la sécurité

La nouvelle stratégie de l’Elysée, plus apaisée et à l’écoute sera-t-elle payante ? Elle s’est traduite dans l’immédiat par une volonté manifeste des deux pays de trouver un terrain d’entente sur tous les sujets du moment. Après sa rencontre avec le président, Mateusz Morawiecki a énuméré une longue liste de points de convergence parmi lesquels le maintien de la PAC dans 
le futur budget européen

, la taxation des géants du numérique, la taxe carbone aux frontières de l’Europe et la lutte contre les paradis fiscaux.

C’est dans le domaine de la défense que les enjeux de coopération sont les plus aigus, la Pologne étant plus que tout autre pays de l’Union européenne engagée auprès de l’Otan et des Etats-Unis pour garantir sa sécurité. 
La commande par le gouvernement de 32 avions F-35

quelques jours avant la visite d’Emmanuel Macron en dit long sur l’état d’esprit de Varsovie à l’égard d’une autonomie stratégique européenne visée par la France.

Le char du futur s’ouvre à la Pologne

Les deux pays se sont tout de même mis d’accord pour élargir à la Pologne le projet de création d’un « char du futur » et pour accroître leur coopération en matière de cybersécurité. Un sommet du « triangle de Weimar », espéré depuis longtemps par Varsovie et incluant l’Allemagne est convoqué pour le 14 juillet, à Paris.

Mardi après-midi, devant les étudiants de l’université Jagellonne de Cracovie, le président français a repris un ton plus offensif, mettant en garde la Pologne contre « une résurgence nationaliste en négation des principes politiques européens ». Signe que la visite du président français, si elle marque un tournant historique, ne signifie pas pour autant un blanc-seing de Paris sur les atteintes répétées à la démocratie.



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