En Espagne, la colère des agriculteurs fait craindre un “effet Gilets jaunes”



Depuis plus d’une semaine, région après région, les producteurs agricoles multiplient les manifestations pour dénoncer la crise du secteur et la baisse de leurs revenus. Ce mercredi 5 février, ils seront à Madrid, devant les portes du ministère de l’agriculture. Le gouvernement craindrait un “effet Gilets jaunes”.

La mobilisation des agriculteurs arrive dans la capitale espagnole après une semaine de protestations dans de nombreuses Communautés autonomes. Il y a moins d’une semaine, en Estrémadure, une des régions les plus pauvres du pays, des heurts avec la police avaient provoqué une vingtaine de blessés. C’était lors de l’inauguration d’un salon agricole, en présence du ministre de l’Agriculture, le socialiste Luis Planas.

Selon le quotidien La Vanguardia, ce jour-là, le ministre “a pu constater la violence de l’indignation qui surgit de l’Espagne rurale”. Et le journal d’évoquer la crainte de hauts responsables socialistes de la naissance “d’un embryon de mouvement comme celui des Gilets jaunes en France”, qui partirait du monde rural – même si les manifestations sont encadrées jusqu’à présent par les principales organisations agricoles.

“Le secteur doit faire face à de multiples défis”, écrit le quotidien El País, dont le moindre n’est pas l’augmentation des coûts de production conjuguée à la baisse des prix d’achat par les intermédiaires et les grandes chaînes de distribution. En même temps, les agriculteurs souffrent des droits de douane instaurés par les États-Unis sur certains produits, et d’une concurrence internationale de plus en plus rude. “Notre principale demande, expliquait une reponsable syndicale, reprise dans cet autre article d’El País, ce sont des prix justes pour nos produits.”

Côté coûts de production, l’augmentation du salaire minimum de 5,5 % – à 950 euros par mois – décrétée justement hier, mardi 4 février, par le gouvernement de coalition entre les socialistes et la gauche dite “radicale” de Podemos a été “le dernier élément de ce cocktail explosif”, continue El País. Une augmentation qui s’appliquera aux ouvriers agricoles et qui mécontente donc les exploitants. D’autant que cette augmentation est rétroactive et s’ajoute à celle de 22 % de l’année 2019.

Le même jour étaient publiés les – mauvais – chiffres de l’emploi pour le mois de janvier : “Une chute de 244 000 emplois, écrit le quotidien El Mundo, ce qui suppose plus de la moitié des emplois créés en 2019. Le plus frappant est le cas de l’agriculture, avec un effondrement 15 fois supérieur à celui d’un mois de janvier habituel.”

Luis Planas s’est empressé d’annoncer une concertation avec les grandes chaînes de distribution tout en reconnaissant “légitimes toutes les revendications du secteur agricole”.





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