Ile Maurice: Fermetures – Les marques locales de vêtements perdent leurs griffes


Le constat est saisissant : les griffes locales, qui séduisent majoritairement les jeunes, se réduisent comme une peau de chagrin. Kan Chan-Kin, un des directeurs du magasin EndJoy, vient de mettre la clé sous le paillasson. Ses 140 employés et six magasins, dont un opérationnel à Rodrigues, n’ont pu résister aux effets de la compétition.

«Quand le gouvernement a décidé de libéraliser l’importation du prêt-à-porter, c’était l’arrêt de mort programmé des petites et moyennes entreprises engagées dans ce créneau», dit-il. Et d’ajouter qu’avec un T-shirt à Rs 50 importé de Chine et commercialisé sur la rue, il est difficile de concurrencer les marchands ambulants. Sans compter que parallèlement l’offre est aujourd’hui élargie. «Il est dommage que le gouvernement n’ait fait que tuer les entreprises de confection», lâche Kan Chan-Kin.

Certes, il n’y a pas que la concurrence déloyale des importateurs. L’avènement du salaire minimum et la hausse du loyer sont venus alourdir les charges sociales au dire du directeur d’EndJoy. Du coup, l’entreprise a dû maintenir ses prix inchangés pour vivre, avec pour conséquence des bénéfices réduits pour ses magasins de prêt-à-porter.

Concurrence

Cette situation n’est pas différente du sort du propriétaire du défunt magasin Le Voyageur, Ayub Bawamia. Après 25 ans de présence, ce magasin, qui ciblait une clientèle de jeunes et de moins jeunes, soit de 13 ans à 55 ans, a dû fermer boutique en 2017, incapable de concurrencer un commerce parallèle de marchands ambulants.

«L’invasion du prêt-à-porter asiatique a eu raison de la créativité des stylistes mauriciens. Le contexte économique était loin de favoriser la production mauricienne avec notamment une multitude de frais sur les coûts de production», explique le directeur.

Et de souligner qu’avec Rs 350 000 par mois pour soutenir les activités de ses huit magasins, il était financièrement impossible de faire durer cette opération dans le temps, d’autant plus qu’Arprod, la société chargée de la production, roulait à perte. Du coup, Ayub Bawamia, qui affirme être un autodidacte, a dû tristement mettre fin à l’aventure du Voyageur.

Gaetano Gnudi abonde dans le même sens. Les magasins Peace Angel, dont il était propriétaire, ont cessé leurs activités il y a trois ans. Cependant, il ne compte pas pointer un doigt accusateur contre les facteurs ayant entraîné la fermeture de ses 14 magasins. Dont l’importation du prêt-à-porter de Chine et la prolifération de centres commerciaux. «J’espère que j’aurai l’énergie et le financement nécessaire pour lancer ma collection bientôt.»

Clonage

Mario Guillot, propriétaire de IV Play, soutient qu’il a connu le clonage de ses créations. Les produits contrefaits ont été illégalement écoulés sur le marché à meilleur marché. Confronté à cette situation, il a dû réduire ses opérations. Aujourd’hui, il ne lui reste plus que trois boutiques et il ne dispose d’aucune franchise à l’extérieur depuis 2011. Il explique par ailleurs avoir changé de stratégie de production. Soit de confectionner en fonction du stock disponible vu l’étroitesse du marché et de l’offre qui est supérieure à la demande.

Le patron de IV Play constate par ailleurs que «le marché n’est plus porteur et qu’il n’existe aucune mesure pour promouvoir la marque mauricienne». Et d’ajouter que les usines travaillent davantage avec les marques étrangères.

En revanche, le groupe Exotic, détenant les marques locales Body & Soul et Island Haze ainsi que les franchises Quicksilver et Roxy, respire la bonne santé financière et ce, depuis son lancement il y a 30 ans. Nathasia Marie, Marketing and Communication Executive, explique que Body & Soul, considérée comme l’étendard du groupe, reste à la pointe des grandes tendances européennes. Et ce, afin de pouvoir s’adapter à la demande du marché.

Quoi qu’il en soit, il n’est pas exclu que d’autres griffes locales du prêt-à-porter soient dans le rouge et déposent prochainement leur bilan.



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