Allemagne : le soutien de l’extrême droite oblige le Premier ministre de Thuringe à jeter l’éponge



Publié le 6 févr. 2020 à 16h30

Le mandat du nouveau ministre président de Thuringe, le libéral (FDP) Thomas Kemmerich, aura été le plus court de l’histoire de ce Land de 2 millions d’habitants. Qualifié d’« acte impardonnable » par Angela Merkel jeudi,
son élection, la veille

avec le soutien de l’extrême droite (AfD) et des chrétiens-démocrates (CDU), avait déclenché un tollé chez l’ensemble des états-majors des partis traditionnels. Après que le président du FDP Christian Lindner lui a rendu visite jeudi matin, Thomas Kemmerich s’est finalement résigné à renoncer à son mandat.

L’intéressé a qualifié sa décision d’étape « inévitable » dans la mesure où aucune « majorité démocratique » n’est possible. Le parti d’extrême droite AfD et les radicaux de gauche (die Linke) occupant plus de la moitié des sièges parlementaires, une majorité n’est pas envisageable sans accord avec l’un ou l’autre. « S’il n’y a pas de coopération possible avec la CDU, le SPD et les Verts, de nouvelles élections seront nécessaires », avait auparavant prévenu Christian Lindner. Les députés du FDP ont l’intention de déposer une motion de censure en vue de dissoudre le Parlement de Thuringe et de provoquer de nouvelles élections régionales.

Une respiration pour la coalition

Cette décision devrait soulager 
la coalition d’Angela Merkel

. Les sociaux-démocrates avaient accusé mercredi le parti de la chancelière d’avoir cédé aux sirènes populistes et convoqué une réunion extraordinaire avec les dirigeants de l’Union CDU-CSU ce samedi à Berlin. « Les événements de Thuringe brisent un tabou dans l’histoire de la démocratie politique de la République fédérale », s’était ému sur Twitter le ministre des Finances social-démocrate et vice-chancelier, Olaf Scholz. Cela soulève de « très graves questions pour nous avec la direction fédérale de la CDU », avait-il ajouté.

Il faut dire que c’est un acte impardonnable et que par conséquent le résultat de cette élection doit être annulé.

Angela Merkel Chancelière

La chancelière, en déplacement en Afrique du Sud, est rapidement sortie de sa réserve. « Il faut dire que c’est un acte impardonnable et que par conséquent le résultat [de cette élection] doit être annulé »,a-t-elle déclaré jeudi matin. La 
présidente de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer,

avait quant à elle assuré qu’il n’était pas question que des représentants de la CDU rejoignent un gouvernement mené par Thomas Kemmerich, dont le parti n’a en outre recueilli que 5 % des suffrages aux élections régionales.

Le ministre président radical de gauche sortant, Bodo Ramelow, qui était prêt à former un gouvernement minoritaire avec le SPD et les Verts, a fait savoir qu’il demeurait candidat. Mais l’organisation d’élections risque de prolonger la période de paralysie politique qui dure depuis plusieurs mois en Thuringe. Rien ne garantit que ce nouveau scrutin mette par ailleurs un terme à la question brûlante du partage du pouvoir avec l’AfD.

Les positions divergent en effet de plus en plus entre les directions des partis à Berlin et les troupes, confrontées sur le terrain à la perte de leur influence. Chef de file de la CDU en Thuringe, Mike Mohring a ainsi défendu mercredi l’élection de Thomas Kemmerich. Espérant couper court à ce débat au sein du FDP, Christian Lindner a annoncé qu’il remettrait son mandat en jeu dès vendredi : « Je ne pourrai rester chef du parti si une seule structure régionale du FDP essayait de travailler avec l’AfD ou acceptait d’en dépendre », a-t-il prévenu.



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