Burkina Faso: Le Cri de l’espoir de Jean-Pierre Guingané – ART et politique, un cocktail mortel


Le Cri de l’espoir est une pièce de Jean-Pierre Guingané, écrite en 1986. Un quart de siècle après, Hamadou Mandé s’empare du texte pour le mettre en scène et on (re)découvre une pièce d’un comique grinçant sur le difficile attelage art – politique. Elle n’a pas pris une ride car elle est d’une redoutable actualité. Elle a été jouée à l’Espace culturel Gambidi, le 1er février 2020.

Le Cri de l’espoir prend prétexte d’un appel à films lancé par le président Kiragambidi de la république de Gamguila pour montrer la difficulté de créer en toute liberté dans un pays où tout tourne autour d’un homme : le président fondateur, guide providentiel. En effet, Zida propose son scénario, Ciel noir, qui pour lui, décrit les difficultés du peuple.

Pour le directeur de cabinet, ce film est subversif parce qu’il ne cite pas les futures réalisations du président. Pourtant, il serait prêt à l’adouber si Fatou, la femme de Zida, cédait à ses avances. Mais tout cela finit dans le tragique.

Dans cette république bananière, le président vénéré occupe à lui seul tous les départements ministériels importants comme la Défense et les Finances. Et la carte du parti unique est un blanc-seing qui permet de gravir les échelons, de piller les biens publics et même d’exister en tant que citoyen. La langue de bois y règne. Les personnages politiques sont très loquaces mais cette parole fleuve, gonflée de références débilitantes au guide providentiel ou au parti unique, ne charrie que mensonges et tromperies. Au lieu d’être perlocutoire comme la vraie parole politique, celle-ci se révèle inopérante et risible. Ainsi que ce soit le protocole face au paysan Zozo ou Zouari face à Zida, tous deux se font ridiculiser.

Le texte de Jean-Pierre Guingané est constitué de quatre tableaux qui jouent sur la dichotomie entre la ville et le village, les hommes du pouvoir et les hommes de rien, la vieille et la jeune génération. La mise en scène d’Hamadou Mandé resserre la fable autour de la ville et installe l’action au cœur du pouvoir. Jouant de l’épure, elle pose sur scène un diptyque où coexistent deux espaces : l’un est le bureau du tout-puissant directeur de cabinet de Monsieur le ministre et l’autre accueille tous les autres lieux. Ce choix est heureux car il donne de la fluidité au texte et une impression de continuité dramatique, masquant de ce fait l’indépendance des tableaux.

Le texte est acerbe contre le pouvoir politique, surtout à travers le discours du cinéaste Zida qui en montre l’absurdité mais même dans le discours des hommes politiques. Que ce soit le chargé du protocole Doglo qui chauffe la salle avant la venue du ministre ou le ministre himself dont le discours est une farce tout autant que la logorrhée du directeur de cabinet, il y a dans ce texte un comique de mots renversant.

Quant à la distribution, elle fait appel à de jeunes comédiens mais la pièce repose sur le trio-noyau Minata Diéné (Fatou), Nongodo Ouédraogo (Zida) et Hyacinthe Kabré (Zouari), qui sont des comédiens aguerris. Mais c’est sans doute l’interprétation magistrale du personnage du directeur de Cabinet, Zouari, par le géant au double sens du mot Hyacinthe Kabré qui marquera les mémoires. Il incarne avec beaucoup de subtilité un personnage comique d’une grande complexité. A contrecourant de la tendance qui va à la simplification du personnage comique et à son appauvrissement en le réduisant aux clichés, à la caricature.

Cette nouvelle mise en scène du Cri de l’espoir a été jouée pendant le FITMO 2019. Après les scènes de Ouaga et de Koudougou, elle sera à l’affiche au festival sur le Fleuve de Ségou et à Bamako. Il faut espérer qu’elle aura une vie sur les planches du Burkina pour donner à voir cette pièce qui montre la difficile relation entre la liberté de création et les pouvoirs politiques.



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