Ile Maurice: Ashvin Ramdenee – «Un accroissement de l’activité d’avitaillement dégagerait davantage de services connexes»


Dans le cadre du Budget 2016/2017 et encore en janvier 2018, le gouvernement lançait l’idée de doter le pays d’un Petroleum and Bunkering Sector. Une telle chose est-elle réalisable et profitable pour un petit pays comme Maurice ?

Il n’y a pas de petit port comme il n’y a pas de petit pays. Maurice a une grande portée géostratégique. Au-delà de l’idée de renouer avec son riche passé maritime, Maurice doit pouvoir mettre ses atouts au service d’une vraie industrie d’avitaillement pour devenir le «preferred maritime gateway» dans l’océan Indien.

La liste de ces atouts comprend sa situation géographique exceptionnelle, son économie en croissance constante (une des plus performantes d’Afrique), sa stabilité politique, l’augmentation du trafic maritime sous l’impulsion des échanges commerciaux de par la présence d’opérateurs de transbordement de réputation mondiale et sa grande expertise en manutention portuaire, plus précisément celle d’hydrocarbure. Seulement 4 % des 35 000 navires qui passent au large du port de Port-Louis s’y arrêtent pour s’avitailler. Une situation qui démontre clairement l’existence d’un potentiel commercial considérable.

Fort de 70 années d’activités dans le domaine de l’avitaillement, Shell Mauritius, aujourd’hui Vivo Energy Mauritius, contribue à la promotion de la réputation du pays comme une desti-nation d’avitaillement fiable et sûre. La confiance que nous accordent nos clients atteste de ce savoir-faire, qui s’appuie sur le maintien de normes élevées de nos opérations. L’entrée en vigueur depuis le 1er janvier de l’IM0 (International Maritime Organisation) 2020 vise à restreindre à 0,5 % le taux de soufre présent dans le combustible de soute destiné aux navires. Ce qui poussera les compagnies maritimes à privilégier des ports alternatifs à leurs escales traditionnelles, avec des retombées positives pour Port-Louis.

Se présenter comme une destination d’avitaillement dans cette région du monde, quels sont les obstacles et les avantages qu’il devrait rencontrer ?

Comme dans tout secteur, la concurrence est un élément clé dans celui de l’avitaillement. Singapour, Durban, Port Elizabeth et Colombo continuent d’investir lourdement dans les infrastructures et les services. Ces pays ne sont donc pas près de voir s’amenuiser leur attractivité. Bien au contraire, et de surcroît sur un marché sensible à l’évolution des prix. La productivité portuaire est un critère crucial dans le choix des compagnies maritimes et se joue à très peu de choses, notamment au niveau de l’indice des mouvements horaires des conteneurs à quai.

L’avitaillement est un service de soutien. Son efficacité est liée au fonctionnement de tout un écosystème. Cela étant, Vivo Energy Mauritius a déjà mis en place des procédés pour répondre au mieux aux attentes des compagnies maritimes qui doivent rester au port le moins longtemps possible. De manière générale, un accroissement de l’activité d’avitaillement dégagerait davantage de services connexes tels que la relève d’équipages, l’approvisionnement en eau et denrées alimentaires ainsi que la réparation navale. La présence de plus de navires équivaut à plus de revenus en termes de frais d’escale mais aussi à un accroissement d’activités pour les agents maritimes.

Pourquoi, de votre avis, ce projet n’a-t-il pas vu le jour, ni n’a-t-il atteint, depuis longtemps, le statut de pilier économique auquel on se serait attendu d’un tel secteur depuis son évocation ?

On ne peut pas dire que le projet n’a pas vu jour. Un développement de cette nature et de cette envergure est un processus qui s’appuie sur une vision de l’avenir mais surtout sur des acquis. Chez Vivo Energy Mauritius, nous pensons que le patrimoine portuaire est suffisamment riche pour servir de tremplin à d’autres développements. Le port de pêche à Fort William et le terminal de croisières viendront positivement booster l’activité portuaire avec des répercussions positives pour l’avitaillement. Cependant, pour soutenir la croissance du volume de trafic qui se situe à plus de 100 % durant les cinq dernières années et propulser la destination en un véritable port de référence dans la région, une revalorisation de la logistique locale est indispensable.

À titre d’exemple, les capacités d’entreposage du pays en combustibles de soute sont insuffisantes et la construction de nouvelles installations exige du temps. Nouveau pilier économique Maurice peine à coordonner son secteur de bunkeringLe développement des infrastructures portuaires et le renforcement de l’encadrement juridique et législatif sont envisagés pour y parvenir. Tous les atouts sont réunis pour que Maurice revendique sa part du marché régional du bunkering et se positionne comme un acteur privilégié de ce secteur, où les Seychelles ont déjà une longueur d’avance, disposant de son propre navire pétrolier.



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