Merkel demande l’annulation de l’élection en Thuringe



Publié le 6 févr. 2020 à 10h52Mis à jour le 6 févr. 2020 à 11h26

Le séisme politique intervenu en Thuringe, mercredi, n’a pas tardé à atteindre Berlin où 
l’avenir de la coalition d’Angela Merkel

est de nouveau menacé. A la surprise générale, le candidat libéral-démocrate (FDP) Thomas Kemmerich a été élu à la tête du land à une courte voix devant le ministre président sortant d’extrême-gauche (die Linke) Bodo Ramelow, grâce au soutien du parti d’extrême-droite AfD et des chrétiens-démocrates (CDU). Une première dans l’histoire allemande d’après-guerre. Les sociaux-démocrates accusent le parti d’Angela Merkel d’avoir cédé aux sirènes populistes et exigent de nouvelles élections régionales.

Les événements de Thuringe brisent un tabou dans l’histoire de la démocratie politique de la République fédérale.

« Les événements de Thuringe brisent un tabou dans l’histoire de la démocratie politique de la République fédérale », a déclaré sur Twitter le ministre des Finances social-démocrate et vice-chancelier, Olaf Scholz. Cela soulève de « très graves questions pour nous avec la direction fédérale de la CDU », a-t-il ajouté. Une réunion extraordinaire des dirigeants des deux partis partenaires a été convoquée à l’initiative du SPD ce samedi à Berlin.

La chancelière, en déplacement à Pretoria en Afrique du Sud, est rapidement sortie de sa réserve. «Il faut dire que c’est un acte impardonnable et que par conséquent le résultat (de cette élection) doit être annulé». Selon l’article 50 de la Constitution thuringeoise, le Parlement peut se dissoudre si deux-tiers des membres le décident. L’AfD n’ayant qu’un quart des voix, elle ne pourrait s’y opposer.

La direction de la CDU fustige l’élection

De son  côté, la 
présidente de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer

a rejeté les accusations d’alliance avec l’AfD et assuré qu’il n’était pas question que des représentants de la CDU rejoignent un gouvernement mené par Thomas Kemmerich, dont le parti n’a en outre recueilli que 5 % des suffrages aux élections régionales. « La meilleure chose serait que les électeurs de Thuringe aient de nouvelles élections », a-t-elle conclu à son tour. 

« Nous ne coopérons pas avec l’AfD », a assuré de son côté, Christian Lindner, le président du FDP. « S’il n’y a pas de coopération possible avec la CDU, le SPD et les Verts, de nouvelles élections seront nécessaires », a-t-il déclaré sans toutefois les appeler de ses voeux. 

Les partis démocratiques veulent voir dans l’élection de Thomas Kemmerich une tactique de l’AfD pour les déstabiliser : bien que le candidat sans étiquette Christoph Kindervater ait eu leur soutien officiel, les députés d’extrême droite ont finalement tous voté pour Thomas Kemmerich. Chef de file de l’AfD, Bjorn Höcke s’est félicité du « nouveau départ politique en Thuringe », espérant qu’il s’agisse d’un signal qui sera « remarqué » dans tout le pays.

La base de la CDU est divisée

Une manoeuvre politique n’est pas exclue mais elle ne saurait faire oublier le malaise grandissant au sein de la CDU entre son aile la plus à droite, tentée par un rapprochement avec l’Afd, et la direction du parti. Le chef de file de la CDU en Thuringe, Mike Mohring, a ainsi défendu l’élection de Thomas Kemmerich. 

Annegret Kramp-Karrenbauer a au contraire reproché aux députés de son parti d’avoir « explicitement agi contre les recommandations, les demandes et les requêtes du parti fédéral ». Son secrétaire général Paul Ziemiak a regretté que des élus CDU aient « manifestement accepté qu’un nouveau Premier ministre puisse également être élu avec le vote de nazis comme M. Höcke ».

Le sujet est d’autant plus brûlant en Thuringe que l’AfD et les radicaux de gauche occupent ensemble plus de la moitié des sièges parlementaires. Une majorité n’est dans pas envisageable sans accord avec l’un ou l’autre parti. Malgré les multiples manifestations dans la région contre l’élection de Thomas Kemmerich, rien ne garantit que de nouvelles élections mettent un terme à ce dilemme qui empoisonne le parti d’Angela Merkel.



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