Brexit : un dossier explosif pour les pêcheurs français



Publié le 7 févr. 2020 à 16h58

Moins de six mois. C’est le temps dévolu à l’Union européenne et au Royaume-Uni pour parvenir à un accord sur la question des zones de pêches réciproques. 
Un dossier explosif

suivi de très près par les marins pêcheurs français. « La pêche, c’est pas un sujet à côté de la grande négociation sur les suites du Brexit, c’est au coeur de la négociation », a averti, la semaine dernière, Xavier Bertrand, le président (ex-LR) du Conseil régional des Hauts-de-France.

Il a insisté sur le « langage de fermeté » à adopter avec les Britanniques en exprimant son inquiétude pour les pêcheurs français : « J’ai pas envie qu’ils disparaissent ». Vendredi, c’est la filière Mer du Groupement Les Mousquetaires – la Scapêche – qui a appelé à la vigilance puisqu’elle réalise près de 70 % des prises dans les eaux britanniques.

La convention de 1964 en jeu

Pour l’heure, rien ne devrait changer dans les pratiques de pêche jusqu’à la fin de l’année. Le gouvernement de Guernesey qui avait suspendu l’accès des navires de pêche français aux eaux de l’île en raison du Brexit a fait marche arrière. Vendredi, il a annoncé que les premières autorisations aux navires français ont été délivrées.

Mais l’épisode est révélateur de l’état d’esprit outre-Manche. Londres va-t-elle comme elle l’a laissé entendre dès 2017 dénoncer la convention de 1964 qui permettait aux pêcheurs européens d’opérer dans les eaux britanniques ? « Pour la France, 20 % des volumes capturés par les flottes de métropole le sont dans les eaux britanniques, représentant 25 % de la valeur à la première vente des produits de la pêche française. Ces taux sont encore plus élevés, allant jusqu’à 50 % pour les flottes belge, néerlandaise, danoise ou irlandaise », explique, dans le 
rapport Déméter 2020

, paru jeudi dernier, Jérôme Lafon, ex-délégué de la filière pêche à FranceAgriMer.

Des poissons britanniques réexportés

L’avenir est lourd de menace. La sortie du Royaume-Uni de l’Union douanière amènerait le rétablissement des droits de douane qui pourraient atteindre 20 % pour certains produits aquatiques, dit-il encore. Un niveau bien plus élevé que « les marges réalisées par les mareyeurs et grossistes ».

Cette problématique se double du fait que les poissons pêchés par les marins britanniques sont largement réexportés (57 % des quantités) vers le continent européen. Etroitement imbriqués, les secteurs de la pêche d’Europe continentale et britannique constituent un véritable casse-tête pour les futures négociations commerciales. « L’accord que nous souhaitons dans l’intérêt des pêcheurs britanniques et des pêcheurs européens […] fait partie de manière indissociable de l’accord de commerce », a prévenu le négociateur pour l’Union européenne, Michel Barnier. Le compte à rebours a commencé.



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