Cameroun: Deux ONG rapportent une «situation alarmante»


Amnesty et Action contre la faim alertent toutes les deux sur la situation sécuritaire et alimentaire dans l’extrême nord du pays. Ces derniers mois, le nombre d’attaques menées à la fois contre des civils et des cibles militaires a considérablement augmenté.

À trois jours des élections législatives et municipales au Cameroun, tous les yeux sont braqués sur les deux régions anglophones, confrontées selon Amnesty international à une « flambée de violence » à l’approche du scrutin. 140 attaques ont été recensées rien qu’en novembre et décembre dernier. Un pic de violences sans précédent depuis 2016. Il touche principalement les départements du Mayo Tsanaga et du Mayo Sava, frontaliers avec le Nigeria.

Les défenseurs des droits de l’homme affirment qu’à la mi-janvier, l’armée a incendié une cinquantaine de maisons à Babubock et brûlé des villages dans les environs de Bangem. Fabien Offner, responsable à Amnesty, rappelle que les autorités avaient affiché leur détermination à sécuriser le territoire à l’approche des élections municipales et législatives de dimanche.

Exactions commises par des civils et des militaires

« Ces dernières semaines, en amont des élections, il y a une militarisation assez importante de ces deux régions du nord-ouest et du sud-ouest. Elle a donné lieu à des affrontements entre l’armée et les séparatistes, entre groupes séparatistes également. Ces opérations se sont soldées par des destructions de villages et des meurtres de civils sur la seule base de présence soupçonnée de groupes armés ou de simples soupçons de connivence. Dans les destructions dans le nord-ouest, il n’y a pas que les militaires qui étaient impliqués, il y a avait aussi apparemment des civils qui se sont armés en auto-défense contre des groupes séparatistes. On a pu constater, de notre côté, avec des images satellites, c’est que dans le sud-ouest, plusieurs villages ont aussi été détruits, et ceux-ci par les militaires. »

Pour l’ONG Action contre la faim, la situation est également « extrêmement inquiétante ». « On a vu le nombre d’incidents quasiment tripler. Ils ont ciblé des civils. Beaucoup sont des incidents de prédation où ils essaieraient de récupérer de la nourriture, des biens aux populations et aussi des attaques sur des postes militaires avancés. On est très inquiets aussi de voir de plus en plus d’engins explosifs sur les routes qui mettent à risque nos équipes », développe Aurélie Carmeille, directrice pays de cette ONG au Cameroun.

Des déplacés totalement démunis

Le nombre de déplacés ne cesse d’augmenter. Ils sont estimés à 460 000 désormais et dans certaines zones comme autour de Kolofata, selon ACF, 80% de la population ne dort plus chez elle, fuyant les attaques menées généralement la nuit. « Ces personnes se déplaçant de manière régulière avec très peu d’accès aux soins, de la nourriture en quantité insuffisante et des difficultés pour cultiver, on arrive à une augmentation des taux de malnutrition. Dans les programmes que l’on mène actuellement, on a reçu deux fois plus d’enfants malnutris que ce qu’on attendait – environ 7000 au lieu de 3000. »

Les besoins humanitaires augmentent mais pas financement de la part des bailleurs. Selon ACF, seuls 30% des besoins sont financés à ce jour. L’ONG estime à 230 000 le nombre de personnes en « insécurité alimentaire » dans ces zones.

L’ONG appelle les bailleurs de fonds à faire en urgence un « effort » pour débloquer les fonds nécessaires pour venir en aide aux victimes.

■ Cameroun : l’impossible campagne en zone anglophone

Entre appels au boycott et situation sécuritaire dégradée, la campagne pour les élections législatives et municipales du 9 février est difficile, voire impossible dans les régions anglophones du Cameroun. Déjà kidnappé en juin 2019, John Fru Ndi fait aujourd’hui l’objet de menaces de mort. Le président du Front social démocrate a donc été contraint d’abandonner sa résidence de Bamenda pour se réfugier à Yaoundé et son parti a renoncé à faire campagne dans cette zone.

Quant aux candidats du parti présidentiel, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), leurs meetings se sont déroulés sous haute protection et devant un public clairesemé. Alors que les séparatistes ont appelé à des journées villes mortes à partir de ce jeudi et pour une semaine.

Dans les régions anglophones du Cameroun, les zones rurales rurales sont désertées. La menace constante rend la campagne électorale presque impossible à en croire Jean-Robert Wafo, le porte-parole du SDF, traditionellement bien implanté dans la zone.

« En-dehors de la partie sud, qui est tenable, dans tout le reste du nord-ouest et du sud-ouest, il est impossible de battre campagne. Des dizaines de milliers d’électeurs sont privés de leur droit de vote. S’ils doivent déjà parcourir des dizaines de km pour aller voter en temps de paix, il n’est pas du tout évident qu’ils le fassent avec les menaces des sécessionistes. »Une situation sécuritaire délétère qui profiterait au parti au pouvoir, selon lui. Les candidats du Rassemblement démocratique du peuple camerounais ont pu faire campagne, escortés par les forces de défense et de sécurité.

Une attaque visant un convoi du parti le week-end dernier a fait plusieurs blessés, mais le secrétaire général adjoint du RDPC, Grégoire Owona assure que la situation est sous contrôle : « C’est comme toutes les zones de guerre, mais il y a des images de campagne à la télé. Elle se déroule. Même si les gens ont peur de sortir. Je pense que la situation sécuritaire est garantie, et les élections devraient se dérouler normalement. »

Malgré le déploiement de renforts de gendarmerie, la société civile locale dit craindre les représailles des séparatistes au lendemain des élections.



allafrica

A lire aussi

Laisser un commentaire