Congo-Brazzaville: Couleurs de chez nous – « Il est d’où ? »


Cette question meuble plusieurs conversations entre Congolais, notamment lorsqu’il s’agit de parler d’un compatriote qui, à tort ou à raison, se retrouve au cœur du débat public.

Car, selon que la personne est d’ici ou de là-bas, les débatteurs lui trouveront ou non des raisons de soutien ou des motifs de dénigrement. À travers cette question on recherche le département ou l’ethnie de la personne. En réalité, au Congo, l’identification par la région ou l’ethnie n’est pas difficile à établir. Selon que l’individu s’appelle Makaya, Tchikaya, Ondongo, Elenga, Likibi, Nkoua, Milandou, Mendong, Ossebi, Touazock, Djombo, Moundongué ou Pambou, il est possible à 80% de lui attribuer une région d’origine. Il est aussi vrai que la plupart des Congolais nés avant 1960 se réclament de tel ou tel autre département ou de telle ou telle autre ethnie.

Or, cette donne est dépassée. De nombreux Congolais aujourd’hui, pour des raisons diverses, n’ont de leur ethnie ou départements supposés que le nom. Nés dans les grandes villes, ils ne parlent que le français et les deux langues nationales que sont le kituba et le lingala même si certains ont la langue maternelle en complément.

En d’autres termes, ces Congolais ont coupé le lien avec les terres dont sont issus leurs parents ou ancêtres. Si bien que certains acteurs politiques, peinant à s’imposer « chez eux », sont contraints de se faire parrainer ou de dépenser de fortes sommes d’argent pour acheter le soutien des populations considérées comme des parents.

Pour revenir aux noms, il est de plus en plus difficile aujourd’hui d’identifier chaque Congolais tellement que des patronymes ont subi des changements. Le cas de cet enfant de Samba qui s’appelle désormais « Sam » parce que le père a supprimé la syllabe finale au nom de la période noire de 1992 à 1998.

Bien plus, les moins de trente ans sont rarement locuteurs du téké, du mbochi, du bembé, du bakouélé, du likouba, du yaka, du yasua, du dondo ou du kugni sauf ceux qui vivent encore en campagne. Encore que sur ce chapitre, bien de noms ont désormais une valeur nationale et, voire, transnationale à l’instar de Ndinga, Nianga, Nzila, Essami, Samba, Mbemba, Mbengue, etc.

Absurde est donc cette question qui recherche les origines des individus avec le risque de coller aux innocents des faits ou des comportements auxquels ils sont étrangers. Sinon, pourquoi ne pas poser la question sur le diplôme des uns et des autres s’il s’agit de juger leur attitude ? « Il est de chez nous », « Il n’est pas des nôtres », des questions qui rejoignent bien d’autres entendues telles : « Tu pries où ? », « Il prie où ? »…



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