Congo-Brazzaville: Florent Richard Onina – « Si la poésie congolaise pouvait être enseignée depuis le collège, cela renforcera sa représentativité »


Enseignant et auteur de plusieurs ouvrages tant littéraires que religieux, Florent Richard Onina-Physique vient de signer un nouvel ouvrage intitulé «Cachet de ma mémoire». Le poète fait un plongeant dans l’univers de la mémoire pour se remémorer les grandes émotions qui ont nourri sa jeunesse, à travers des souvenirs tant collectifs qu’individuels. Nous l’avons rencontré.

Les Dépêches du Bassin du Congo : Bonjour, vous venez de publier un nouveau recueil de poème intitulé « Cachet de ma mémoire », pouvez-vous nous en dire plus ?

Florent Richard Onina Physique : Ce recueil est l’ensemble de ce que j’ai pu concevoir de ma mémoire de jeunesse. Ce sont des poèmes de jeunesse et non des poèmes destinés à la jeunesse, ils ont été écrit pendant la période de ma jeunesse. « Cachet de ma mémoire » est un recueil de soixante-onze pages comptant près de cinquante-quatre poèmes répartis en trois grands thèmes, à travers lesquels je fais revivre ce que j’appelle la « mémoire de ma jeunesse », ou la « mémoire de ma jeunesse congolaise ». Il s’agit de l’amour de la jeunesse : amour pour le Congo, les Hommes et la poésie

LDBC : Les titres de vos œuvres tels que «La fragilité de la vie », «Les larmes du Congo » ou encore « L’âme-sœur » sont-ils des expressions du quotidien dans lequel vous puisez votre inspiration ?

F.R.O.P : On peut le dire à un certain point, car toute œuvre d’art puise sa source dans la subjectivité de son auteur. Les titres sont les résumés de ce que le poète conçoit dans sa subjectivité en contact avec l’objectivité. Ainsi, «Cachet de ma mémoire » est l’expression du poète qui voit le monde, son peuple ou sa nation au travers du prisme de sa mémoire.

LDBC : Conjuguez-vous dans vos écrits, poésie et citoyenneté ?

F.R.O.P : Comme on peut le noter dans toute la littérature congolaise, la mise en avant de notre citoyenneté congolaise est mise en exergue pour mieux toucher les autres. Il faut d’abord parler de soi pour mieux parler des autres.

LDBC : Qu’est-ce que la poésie pour vous ?

F.R.O.P : La poésie est un regard et un langage de l’esprit, qui place le poète dans une posture méditative. Quand il écrit, son œuvre restera pour son peuple une sorte de mémoire collective.

LDBC : A quand date vos premiers pas en poésie ? Et qui vous a accompagné sur ce cheminement initiatique ?

F.R.O.P : Le jet poétique a commencé à jaillir en moi depuis le lycée où j’étais passionné dans l’exercice du commentaire composé. Puis il a été canalisé par Jean Baptiste Tati Loutard, qui était mon professeur de poésie à la faculté des lettres. C’est à lui que je soumettais mes lettres.

LDBC : La poésie est-elle bien représentée au Congo selon vous ?

F.R.O.P La flamme de la poésie allumée par les Tichakaya Utamsi, Tati Loutard et les autres ne s’est pas éteinte avec eux. Néanmoins, certaines difficultés ne permettent pas de voir la représentativité de la poésie congolaise, notamment les difficultés de l’édition et de la bonne politique de vulgarisation de cette poésie. Ce qui fait que les livres des autres sont rares et coûtent chers. Lors des visites que j’ai effectuées dans quelques bibliothèques de la capitale y compris la bibliothèque nationale pour y faire don des exemplaires de mes ouvrages, on se plaignait toujours de la rareté des ouvrages des auteurs congolais. Si la poésie congolaise pouvait être enseigner depuis le collège, cela renforcera sa représentativité. Si les écrits des auteurs congolais pouvaient être accessibles au pays et au peuple, cela renforcerait sa représentativité.

LDBC : La poésie peut-elle influencer ou améliorer le quotidien d’un peuple ?

F.R.O.P : Parler de l’influence de la poésie sur la vie, c’est en quelque sorte porter un regard sur les fonctions de la poésie dont nous pouvons rappeler : la poésie agence la vie ou parle de la vie des hommes en termes graphiques. Elle utilise des images puisées dans la culture et des figures de rhétorique tirées dans nos langues maternelles ou nationales pour ouvrir les portes des expériences et émotions humaines mais également des expériences de la vie pour toucher les hommes. La poésie parle des expériences de la mort, de l’amour, la douleur, la souffrance, de l’humiliation, de la haine et bien d’autres thématiques. La poésie est le langage du cœur qui touche les cœurs. Léopold Sédar Senghor définissait en son temps le rôle du poète qu’il était en ses termes : « Moi le maître de la langue, ma tâche est d’éveiller mon peuple aux futurs flamboyants, ma joie est de créer des images pour le nourrir, O lumières rythmées de la parole », « l’Elégie des Alités », édition du Seuil- Paris 1990. Page 261. Je pense que cette fonction attribuée à la poésie n’est pas dépassée. Elle éveille le peuple en aspirant une amélioration des conditions de vie, en créant des images pour le nourrir.



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