Congo-Brazzaville: Immobilier – Pratiques sauvages à Pointe Noire


Si dans de nombreux pays le métier d’agent immobilier nécessite baccalauréat et deux années d’études supérieures pour acquérir diplôme et carte professionnelle; en République du Congo, la pratique de cette profession s’avère quelquefois pour le moins aventureuse.

Dans la ville océane, nombreuses personnes s’improvisent agents immobiliers. En vérité, ils sont des simples démarcheurs qui usent des méthodes aussi ingénieuses qu’illicites pour subsister à la crise économique. Leurs étranges pratiques relèvent le plus souvent du délit d’ignorance propice à l’article 15 : « Débrouille toi » que du véritable mépris de la loi. Pour autant, cela ouvre la voie à quelques conflits ouverts entre le démarcheur, le locataire et le bailleur, chacun étant tenu de s’expliquer parfois au poste de police.

Il échappe à l’esprit de ces soi-disant agents immobiliers, se disant affiliés à une agence immobilière, que leur mission est d’effectuer la transaction de location d’un bien selon certaines règles a minima : représentant le bailleur, ils prospectent les biens immobiliers disponibles à la location et les clients potentiellement intéressés. Ils sont, par ailleurs, naturellement tenus d’effectuer les visites des biens en question, d’en négocier éventuellement le montant du loyer pour trouver un accord entre locataire et bailleur et d’être présents à la restitution des clés où ils perçoivent alors l’équivalent de 50% du montant d’un loyer en guise de commission. L’usage voudrait qu’ils rédigent l’état des lieux mais la pratique est hélas peu courante à Pointe Noire.

Dans la réalité, la pratique est tout autre. Sillonnant la ville et les annonces Internet, ils repèrent appartements et maisons à louer, et activent leurs réseaux allant d’un ouvrier oeuvrant sur des travaux d’aménagement dans l’un de ces biens, d’un voisin, d’un gardien, d’un collègue de travail. Sans même le consentement du bailleur, ignorant parfois jusqu’à son nom, ces agents immobiliers mènent alors, dans un second temps, leurs investigations pour obtenir les clés ou l’accès libre afin d’effectuer les visites. Il est d’usage que chaque visite coûte 5000 FCFA au client potentiel. C’est seulement, une fois l’accord trouvé avec le futur locataire, que de nouvelles démarches s’effectuent pour trouver les coordonnées du bailleur.

Un mandat sinon rien

C’est un fait réel. Sur le portail de sa maison, madame X écrit « Maison à louer » en indiquant son N° de téléphone personnel, confie les clés au gardien de la maison d’en face pour d’éventuelles visites dès lors qu’on l’appellera. Dès son dos tourné, le numéro est effacé et remplacé par le numéro personnel du gardien qui détournera à son profit les 5000 francs de la visite. Passe alors un « agent immobilier » qui en échange d’une bière se voit avoir le droit de visite avec de possibles locataires. Sans mandat du bailleur, cette « combine » n’est autre qu’une simple violation de domicile, un délit pénal punissable par la loi. Il faut encore ajouter de fausses informations sur certaines caractéristiques du bien à louer du type :« La propriétaire mettra des climatiseurs » ou encore « Elle est d’accord pour négocier le montant du loyer » sans que le bailleur en soit naturellement lui même averti. Et comme madame X, au fait de ces pratiques sauvages, n’a jamais souhaité donner mandat à quelle qu’agence immobilière que ce soit, l’agent immobilier la contacte ensuite pour négocier, en se faisant passer pour le locataire intéressé.

En dépit de pratiques illégales de la profession, d’absence de mandat du bailleur, de mensonges, de manipulations, de violation de domicile et d’usurpation d’identité, le tout assorti de menaces pour récupérer sa commission, le fameux « agent immobilier » agissant en totale ignorance des principes élémentaires de son « métier », osera même aller porter plainte à la police pour, à la fin, se faire entendre bien évidemment un rappel à la loi. Il va de soi que de telles pratiques nusent gravement à la réputation bien souvent sulfureuse de ces agents de fortune et jette un discrédit sur l’ensemble de la profession qui exerce avec sérieux leurs activités dans le secteur immobilier.



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