Cote d’Ivoire: Credit Suisse – Tidjane Thiam, victime d’une cabale, démissionne


Ce vendredi 7 février, la banque Credit Suisse a annoncé la démission de son directeur général, le Franco-Ivoirien Tidjane Thiam, qui sera remplacé par Thomas Gottstein à la tête du groupe.

Tidjane Thiam quittera ses fonctions le 14 février, après la présentation des résultats annuels de la banque, a indiqué le numéro deux du secteur bancaire helvétique dans un communiqué, cité par l’AFP.

Officiellement, c’est le scandale des filatures de hauts cadres de la banque dont l’un est passé chez le concurrent UBS qui aurait éclaboussé le Directeur général. Mais, en réalité, indique le quotidien français Le Point, l’Ivoirien ferait les frais d’une campagne médiatique haineuse soutenue en off par des élites zurichoises qui n’ont pas vu d’un bon œil l’ascension de ce polytechnicien venu sauver le numéro 2 bancaire suisse, alors en mauvais état.

Au niveau de l’aura, écrit Le Point, la Neue Zürcher Zeitung (NZZ), c’est un peu l’équivalent du Monde en Suisse alémanique. Ce quotidien conservateur a la réputation de défendre bec et ongles la place financière, et notamment les deux principaux établissements bancaires, l’UBS et Credit Suisse. Mais depuis quelques mois, la NZZ réclame avec constance le départ de Tidjane Thiam, directeur général de Credit Suisse, en fonction depuis juillet 2015.

Ce Franco-Ivoirien, aujourd’hui âgé de 57 ans, dirigeait à Londres le groupe d’assurances Prudential quand il a été appelé à la rescousse de la deuxième banque de la Confédération en mauvaise posture. Depuis, Credit Suisse se porte mieux, sa masse sous gestion grimpe et le cours de son action a fait un bond de 20 % en un an. Alors que reproche-t-on à cet Africain, dont la mère était une nièce de Félix Houphouët-Boigny, l’ancien président de la Côte d’Ivoire, et dont l’un des oncles a occupé les fonctions de Premier ministre au Sénégal ?

« Le quotidien Le Temps de Lausanne titre sobrement : « Tidjane Thiam, le banquier qui n’était pas assez suisse. », rappelle Le Point. « Il est brillant, mais il ne fait pas partie des élites habituelles », déclare un observateur de la place financière, qui rappelle « que les Suisses n’aiment pas toujours les têtes qui dépassent ». De plus, ce Franco-Ivoirien s’exprime en anglais et en français, mais pas en allemand.

À Zurich, on n’aime guère son côté flamboyant : Tidjane Thiam n’hésiterait pas à se déplacer en hélicoptère… Le patron de Credit Suisse ne manque pas non plus d’ennemis à l’intérieur de la banque. À commencer par le Suisse Urs Rohner, le président du conseil d’administration de Credit Suisse ! Ce dernier est soupçonné d’avoir fait fuiter dans la presse la semaine dernière les noms des successeurs potentiels du Franco-Ivoirien ».

L’Agefi, le quotidien de la finance, met encore davantage les pieds dans le plat, souligne le confrère : « Le plus désolant, c’est que cette discussion ne se fonde pas sur des critères objectifs, mais qu’elle se mène sur des bases émotionnelles pour ne pas dire sur des questions d’appartenance nationale », écrit-il.

Tidjane Thiam se serait mis à dos tous ceux qui veulent que la Paradeplatz (la place dans la vieille ville de Zurich qui accueille l’UBS, Credit Suisse et la Banque nationale suisse) reste suisse. Or, la grande banque n’est vraiment plus suisse. Et ses principaux actionnaires, tous étrangers, soutiennent Tidjane Thiam ».

Le président Urs Rohner, également cible de vives critiques notamment de la part des actionnaires pour son manque de soutien à un Directeur général pourtant crédité d’excellents résultats, a indiqué, pince-sans-rire, que Tidjane Thiam avait « énormément contribué (au développement) de Credit Suisse ».

Sous sa direction, le groupe « a effectué un virage stratégique, renforcé ses fonds propres (et) réduit ses coûts et les risques », a énuméré le président du conseil d’administration. « C’est grâce à lui que la banque est de nouveau solide et a renoué avec les bénéfices », a ajouté ce président soupçonné d’avoir fait fuiter les noms de successeurs éventuels de Thiam, dont Thomas Gottstein assurément plus suisse que l’Africain venu d’Abidjan et de Paris.

Le patron démissionnaire, qui quittera effectivement ses fonctions le 14 février, s’est contenté d’une déclaration a minima : « J’ai convenu avec le conseil d’administration que je quitterai mon poste de DG. Je suis fier de ce que l’équipe a accompli pendant mon mandat. Nous avons transformé le Credit Suisse. Nous avons notamment développé notre principale franchise de gestion de fortune, redynamisé nos activités sur les marchés mondiaux et adopté une approche régionale sur mesure pour la couverture de la clientèle ».

L’affaire « d’espionnage » qui sert de prétexte à la « Thiamphobie » développée par la place zurichoise trouve son origine dans le départ l’été dernier chez la concurrente UBS de l’ancien directeur de la branche gestion de fortune de Credit Suisse, Iqbal Kahn.

Redoutant que ce banquier star ne débauche d’ex-collaborateurs, Credit Suisse a monté une opération de surveillance, recrutant des détectives privés pour le prendre en filature. La mission a duré entre le 4 et le 17 septembre, date à laquelle Iqbal Kahn a repéré ces détectives alors qu’il circulait dans Zurich avec son épouse. Sa plainte pour menace et coercition a fait éclater l’affaire, ébranlant un milieu bancaire suisse plus habitué à la discrétion.

Les investigations menées avaient innocenté le Directeur général, mais beaucoup avait déjà cru tenir là, le bon bout pour le débarquer. En décembre, lorsque des informations ont fait état de ce qu’un autre haut cadre de Credit Suisse avait également été espionné, les ennemis de Thiam ont accéléré la pression médiatique.

Pour obtenir, en fin de compte, le résultat espéré : le départ de Tidjane Thiam, le patron certes performant, mais qui « n’était pas assez suisse ».



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