Ghana: Clermont 2020 – «Da Yie», d’Anthony Nti, «un étranger au Ghana»


Dans « Da Yie », les images bougent sans cesse, comme lui pendant l’interview ! Pour Anthony Nti, la caméra est « comme un enfant très curieux ». En compétition internationale au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand, le réalisateur belge de 28 ans, né au Ghana, raconte l’histoire étrange d’un étranger dans son pays natal.

Da Yie démarre avec une scène à la fois très cruelle et très belle : deux poules ligotées essaient de s’envoler vers le ciel. Cruauté et beauté, ce sont les deux sources de votre film ?

Tout à fait. Je vois toujours de l’esthétique et de la beauté dans la brutalité, la colère ou dans la douleur. Le Ghana est pour moi un lieu très visuel. J’ai adoré mêler la brutalité avec l’esthétique pour en faire quelque chose de beau, de joyeux et coloré.

Quelle est pour vous l’histoire centrale de Da Yie ?

Le thème du film porte sur le phénomène de la pression du groupe. C’est l’histoire d’un étranger au Ghana. Ce n’est pas l’homme le plus net du monde et il doit recruter deux enfants afin de les livrer à son gang pour une mission dangereuse. Mais, quand il fait connaissance de la fille et du garçon, il a des états d’âme et est envahi par le doute. Le film parle de la pression du groupe et comment on réagit face à cela.

Votre caméra bouge beaucoup. Est-ce votre style de cinéaste ?

Oui, je suis moi-même très vivant, j’aime bouger. Pour cette histoire et ce lieu, il était pour moi important de considérer la caméra comme une troisième personne qui est sur place et cherche à comprendre comment cela fonctionne. Pour devenir cette troisième personne, il était très crucial que la caméra bouge. Cela explique les mouvements quand c’est nécessaire, mais à d’autres moments, il n’y a pas de mouvement.

Votre film est également très rythmé par les images et les scènes. D’où vient ce rythme ?

C’est le rythme africain [rires]. Quand j’étais au Ghana, il y avait partout des rythmes : quand ils préparent la nourriture, les poules qui caquettent, les bruits du marché… Je voulais intégrer ces rythmes dans mon film. Le montage joue aussi sur le rythme. Pour moi, il était indispensable de tourner le film de cette manière.

En anglais, « shooting » est le même mot pour tourner un film et pour tirer avec une arme. Pour vous, la caméra est-elle une arme ?

D’une certaine façon, c’est une arme. Mais ce n’est pas menaçant comme une arme à feu. Pour moi, la caméra est comme un enfant très curieux. Les enfants veulent toujours découvrir, regarder, toucher les choses. Pour moi, c’est ça une caméra. Dans une scène, parfois la caméra veut s’approcher, parfois elle veut rester derrière. Comme une personne. Pour cela, je ne dirais pas que la caméra est comme une arme à feu, parce que, quand quelqu’un braque une arme sur vous, c’est autre chose… Je préfère quand la caméra n’est pas trop présente, mais juste comme un enfant curieux. C’est ça : pour moi, la caméra est juste un enfant très curieux.

Vous êtes né au Ghana avant de partir en Belgique, à l’âge de dix ans. Dans vos films, Kwaku, Boi, et maintenant aussi dans Da Yie, les enfants incarnent les rôles principaux. Est-ce lié à votre enfance ?

Il existe toujours un lien personnel. Dans Da Yie, j’ai mis plus de choses personnelles que dans les films précédents. Mais tous mes films partent d’un point de vue personnel, de quelque chose que j’ai fait ou vécu. Après, je crée une histoire autour. Je me sens moi-même comme un enfant. Et c’est aussi très intéressant de travailler avec des enfants. Mon prochain film sera sur des jeunes de 18 ans.



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