la mort du médecin Li Wenliang embarrasse les autorités



Après le décès d’un des huit médecins lanceurs d’alerte de l’épidémie de coronavirus, les internautes chinois expriment leur colère et leur tristesse. Mais les autorités tentent d’endiguer les critiques en donnant leurs directives aux plateformes en ligne.

La mort à l’âge de 34 ans de Li Wenliang, l’un des huit médecins qui avaient tenté d’alerter sur l’émergence du coronavirus à Wuhan, lui-même infecté par un patient, suscite une forte émotion parmi les internautes chinois.

Messages de tristesse, éloges, portraits, bougies, apparaissent en grand nombre sur les réseaux sociaux comme WeChat ou Weibo. “Le docteur Li Wenliang a payé de sa jeune vie ce qu’il avait lui-même prédit avec ses collègues. Il avait été accusé de répandre la rumeur par des gens qui n’étaient pas du métier, sur des groupes de réseaux sociaux et avait été insulté, dans quelle absurdité vivons-nous ?”, écrit Zhan Jiang, spécialiste des médias à l’université des langues étrangères de Pékin.

“Et le gouvernement de Wuhan n’a toujours pas honte ?”, demande sèchement un autre internaute.

Pour canaliser cette colère, certains individus et institutions ont proposé d’apporter une aide financière à la famille du jeune médecin. Une collecte réalisée parmi les anciens élèves de l’université de Wuhan pour la famille du médecin décédé a récolté six millions de yuans (780 000 euros) en moins de vingt-quatre heures, selon un message diffusé sur son compte Weibo par Zhang Zhi’an, directeur de l’institut de journalisme et de communication de l’université Zhongshan à Canton. Le même jour, le quotidien Ershiyi Jingji Baodao annonce que sa famille recevra des autorités une compensation pour décès occasionné par une maladie professionnelle de 785 000 yuans (environ 100 000 euros).

Si une partie des messages de deuil et de colère sont toujours visibles sur les réseaux sociaux, le pouvoir chinois tente toutefois de freiner la déferlante. Ici et là, entre les posts, des messages “ne sont plus disponibles à la lecture” – formule qui classiquement indique que le contenu a été retiré par la censure.

Des ordres pour limiter l’expression des mécontentements

L’un des premiers signes de la reprise en main a d’ailleurs été, le 6 février, la vaste hésitation des médias officiels chinois sur ce décès, avec une succession rapide d’informations et de démentis. Ce qui pourrait indiquer que les autorités ont tenté d’empêcher la diffusion de la nouvelle.

Selon le site China Media Project, spécialisé dans l’observation des médias chinois et basé à Hong Kong, des directives ont en tout cas été envoyées pour contenir l’expression des mécontentements. Une notice a été transmise à la plupart des grands portails d’information et de réseaux sociaux comme Sina Weibo, Tencent ou ByteDance par les autorités responsables du contrôle de l’internet, dit le site. Cette directive exige l’arrêt de la diffusion de certaines vidéos et messages alarmants grâce à un contrôle effectué par les plateformes elles-mêmes.

Les autorités demandent également que le travail de “reportage illégal” effectué par des comptes individuels cesse. Les plateformes ne sont pas autorisées à produire elles-mêmes des contenus journalistiques et ne font habituellement qu’héberger des contenus produits par des organes de presse.

Agnès Gaudu





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