Angela Merkel sauve son gouvernement, pas son parti



Publié le 8 févr. 2020 à 19h52

De nouveau menacé de tomber, le gouvernement d’Angela Merkel a finalement survécu au 
scandale provoqué par l’élection d’un nouveau premier ministre en Thuringe

avec les voix des démocrates-chrétiens (CDU) et de l’extrême droite réunies (AfD).

Face à la fureur des sociaux-démocrates (SPD) qui menaçaient de quitter la coalition, la chancelière a répondu à leurs exigences samedi en limogeant Christian Hirte, secrétaire d’Etat en charge des länder d’ex-RDA qui avaient salué cette élection. Alors que la présidente de la CDU 
Annegret Kramp-Karrenbauer

avait essuyé mercredi soir le refus des représentants de son parti en Thuringe, Angela Merkel a aussi soutenu l’organisation d’un nouveau scrutin régional.

« Pour des raisons de légitimité politique, indépendamment de l’élection d’un nouveau premier ministre, des élections anticipées sont nécessaires en Thuringe »

« Nous excluons la formation de gouvernements ou de majorités politiques avec les voix de l’AfD, cela reste la position des partis qui composent la coalition et ce à tous les niveaux », indique un communiqué commun publié à l’issue de la réunion de crise qui a réuni à Berlin les cadres du parti démocrate-chrétien, de son parti frère bavarois CSU et du SPD.

« Pour des raisons de légitimité politique, indépendamment de l’élection d’un nouveau premier ministre, des élections anticipées sont nécessaires en Thuringe », précise le communiqué.

Des élections inévitables…

Sous la pression de son parti, 
Thomas Kemmerich, le nouveau premier ministre

libéral qui avait été élu mercredi, avait dès samedi matin annoncé sa démission « avec effet immédiat », ouvrant la voie à ce processus. Issu de l’extrême gauche (die Linke), son prédécesseur Bodow Ramelow avait fait savoir dès jeudi qu’il se tenait prêt à reprendre le flambeau.

Mais son parti et celui des Verts et du SPD ont prévenu qu’ils ne renouvelleraient l’expérience du vote de mercredi que s’ils obtenaient la garantie d’obtenir la majorité absolue pour Bodo Ramelow, ce qui s’entend, 
compte tenu du poids de l’AfD,

avec le soutien express de la droite traditionnelle. Dans le cas contraire, de nouvelles élections régionales s’imposeraient. Prise au piège de son refus de principe de soutenir les partis extrêmes quels qu’ils soient, la CDU s’est donc résignée à l’option d’un nouveau scrutin.

…mais très risquées pour la CDU

Selon un sondage de l’institut Forsa, les conséquences pourraient être catastrophiques pour les démocrates-chrétiens. Ils perdraient ainsi près de 10 points à 12 % tandis que le FDP tomberait sous la barre des 5 % exigés pour siéger au parlement régional. Le plus grand gagnant serait die Linke qui grimperait de six points à 37 % et pourrait former une majorité avec le SPD (+0,8 point à 9 %) et les Verts (+1,8 point à 7 %), avec lesquels il ne peut pour l’heure qu’organiser un gouvernement minoritaire.

Cette perspective explique sans doute le refus de la CDU locale d’organiser des élections. Mais en résistant à la volonté d’Annegret Kramp-Karrenbauer, celle-ci a relancé les conjectures sur la légitimité de la présidente de la CDU pour succéder à Angela Merkel. Dans un paysage politique de plus en plus polarisé, la présidente des démocrates-chrétiens est accusée par son aile droite de pencher trop à gauche, tandis que son aile sociale exige d’exclure les membres les plus à droite du parti, rassemblés au sein de la Werte Union et tentés par des alliances avec l’AfD.

Son rival, Friedrich Merz, vient opportunément d’annoncer son intention de démissionner de son poste au sein du conseil de surveillance du groupe d’investissement Blackrock à la fin du mois de mars. Sa priorité : participer au renouveau de la CDU…



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