Le Premier ministre irlandais en position périlleuse avant les législatives de samedi



Publié le 8 févr. 2020 à 9h00

Quand il a 
appelé mi-janvier à des législatives anticipées

, le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, espérait se prévaloir de son 
rôle déterminant dans les négociations sur le Brexit

et de bonnes performances économiques, ayant permis d’assainir le budget du pays. Mais sa reconduction ce samedi est incertaine, car les Irlandais n’ont d’yeux que pour la crise du logement et la fragilité financière du système de santé, deux problèmes qu’ils lui reprochent de ne pas avoir réglés.

Le scrutin de ce week-end, qui vise à renouveler les 160 députés du Dail, la chambre basse du Parlement irlandais, pour les cinq prochaines années, s’annonce difficile pour le Premier ministre, au pouvoir depuis juin 2017. Les sondages ne sont pas bons. L’un d’entre eux, publié mardi par l’« Irish Times », a marqué les esprits : il crédite son parti de centre droit, le Fine Gael, de seulement 20 % des intentions de vote.

Leo Varadkar occuperait la troisième place derrière l’autre grand parti de centre droit qui le soutenait jusqu’alors, le Fianna Fail (23 %), mais derrière aussi… le Sinn Fein, l’ex-branche politique de l’Armée républicaine irlandaise, pour la première fois donnée en tête à 25 % ! Le président du Fianna Fail, Micheal Martin, qui présente beaucoup plus de candidats que le Sinn Fein, a de bonnes chances de l’emporter samedi. 

L’incroyable bond de l’impôt sur les sociétés

Leo Varadkar, le   « taoiseach » (« chef » en irlandais) de 41 ans,  a fait campagne sur le Brexit, en espérant capitaliser sur le 
rôle crucial qu’il a joué dans la conclusion de l’accord de divorce

entre le Royaume-Uni et l’UE, en octobre dernier, afin d’obtenir des électeurs « un mandat fort » pour peser dans la nouvelle phase de négociation qui s’ouvrira, début mars, sur la relation future entre les deux blocs. Il a aussi insisté sur le rebond économique du pays depuis la crise de 2008. « Notre économie n’a jamais été aussi forte », a-t-il martelé.

Les finances publiques ont en effet de quoi faire pâlir d’envie les autres pays de l’UE : l’an dernier, le petit pays de 4,9 millions d’habitants 
a davantage récolté de recettes qu’il n’a consenti de dépenses

, dégageant un excédent de 1,5 milliard d’euros (soit 0,4 % du PIB). Grâce à son taux attractif de 12,5 % et des niches telles que le « double Irish » qui permet aux multinationales de rapatrier en Irlande les bénéfices tirés de leurs ventes européennes, l’impôt sur les sociétés a rapporté à lui seul 4,8 % de plus que l’année précédente, à 10,9 milliards d’euros. Mieux que les prévisions les plus optimistes du gouvernement, et loin des 4,6 milliards de recettes de 2014. Tiré par les
Apple

, Google et autres poids lourds de la tech américaine ou les géants de la pharmacie (les dix plus gros contributeurs en paient à eux seul la moitié), il pèse désormais 18 % de l’ensemble des rentrées fiscales irlandaises (59,3 milliards l’an dernier).

Inquiétudes sur l’avenir du modèle irlandais

Cette trajectoire météorique est précisément ce qui inquiète à Dublin. Non seulement le budget est jugé trop dépendant de l’impôt sur les sociétés, mais son assiette apparaît d’autant plus fragile qu’un consensus se dessine, au niveau international, pour 
taxer plus efficacement les géants du Net

« Un changement est à venir, et il aura un impact à la fois sur notre modèle économique – notre capacité à attirer des investissements de l’extérieur – et sur notre flux de revenus », prédit le ministre des Finances, Paschal Donohoe, pour qui 2 à 6 milliards des recettes tirées de l’IS pourraient à terme être menacées. De quoi l’inciter à baisser le rythme de croissance des dépenses publiques, pour viser un excédent budgétaire d’au moins 1 % du PIB en 2022.

Pas de quoi faire rêver les électeurs, qui souhaitent que le prochain gouvernement dépense plus pour construire davantage de logements, à l’heure où leur pénurie a fait flamber les prix, et pour améliorer le service public de santé irlandais. Les deux points faibles de Leo Varadkar, d’autant que la réputation de son parti a récemment souffert de graves dérapages budgétaires, concernant la construction de grands hôpitaux et l’amélioration du réseau haut débit dans les campagnes.



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