Allemagne : « AKK », la dauphine d’Angela Merkel, jette l’éponge



Publié le 10 févr. 2020 à 11h21Mis à jour le 10 févr. 2020 à 12h30

Annegret Kramp-Karrenbauer ne succédera pas à Angela Merkel à la tête du gouvernement allemand. Elle a annoncé ce lundi à la direction du parti démocrate-chrétien (CDU) qu’elle souhaitait « organiser le processus de candidature à la chancellerie cet été, préparer davantage le parti pour l’avenir et ensuite renoncer à la présidence du parti », selon des membres de la CDU cités par le Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Elle tire ainsi les conséquences du 
séisme créé en Thuringe

après l’élection mercredi d’un premier ministre de région grâce aux voix de son parti et de ceux du parti d’extrême droite (AfD) réunies. Une première dans l’histoire post-seconde guerre mondiale. Revenue d’Afrique en catastrophe, l’actuelle ministre de la Défense avait tenté en vain dans la nuit de mercredi à jeudi de convaincre les représentants de la CDU dans ce land d’ancienne Allemagne de l’Est d’exiger de nouvelles élections régionales.

Un parti très divisé

C’est finalement Angela Merkel

, elle aussi de retour d’Afrique samedi, qui a imposé cette option sous la pression du partenaire social-démocrate menaçant de quitter son gouvernement. Selon le Spiegel, la chancelière aurait remercié Annegret Kramp-Karrenbauer et lui aurait demandé de conserver son poste de ministre.

Depuis son élection sur le fil du rasoir en décembre 2018 à la présidence de la CDU, celle que tout le monde surnomme AKK n’est pas parvenue à rassembler un parti très divisé entre une aile très conservatrice, voire tentée de s’allier avec l’AfD, et une aile plus sociale et proche d’Angela Merkel. Les échecs électoraux successifs de la CDU aux européennes puis dans les régions d’ancienne Allemagne de l’Est n’ont cessé de creuser le fossé entre ces deux courants.

Fine politique, connaissant bien les arcanes du parti, elle avait tenté de se relancer en rejoignant en juillet le gouvernement d’Angela Merkel au poste de ministre de la Défense. Malgré les piètres résultats de la CDU en Thuringe fin octobre, elle avait ensuite réussi à retrouver une certaine légitimité lors du
dernier congrès de la CDU

fin novembre en mettant en jeu son mandat de présidente.

Une situation sans issue en Thuringe

Ces élections en Thuringe sont néanmoins revenues en boomerang ces derniers jours, prenant la direction de la CDU au piège de son refus de toute alliance de principe avec les extrêmes quels qu’ils soient. Selon un sondage pour l’édition dominicale du tabloïd BILD, seule 15 % de la population allemande considèrent désormais AKK comme le bon choix pour diriger la CDU.

En interdisant d’abord à ses troupes locales de négocier une alliance avec l’extrême gauche (die Linke), arrivée en tête du scrutin devant l’AfD, Annegret Kramp-Karrenbauer pouvait espérer donner le change à son aile la plus conservatrice. Et la convaincre de ne pas non plus traiter avec l’extrême droite. Mais c’était compter sans la tactique déstabilisatrice de l’AfD dans un contexte où aucune majorité n’est possible sans alliance avec elle ou l’extrême gauche.

En votant pour le candidat libéral Thomas Kemmerich plutôt que pour le leur propre, les élus d’extrême droite ont piégé le FDP mais aussi et surtout la CDU. 
Malgré la démission effective du nouveau premier ministre

samedi matin, le piège semble devenu inextricable et ne promettait que plus de coups pour la présidente du parti.

Bodo Ramlow, le candidat de l’extrême gauche se dit en effet prêt à prendre le relais, à condition d’obtenir une majorité absolue, qui passe par le soutien d’élus de la droite traditionnelle. Alors que celle-ci ne veut pas en entendre parler, l’AfD menace désormais d’apporter ses voix à Bodo Ramelow afin de torpiller sa candidature…



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