Centrafrique: à Bangui, les commerçants du PK5 effacent les traces des dernières violences



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À Bangui, des heurts violents ont eu lieu dans le quartier commerçant du PK5 à majorité musulmane fin décembre. Plus de trente personnes ont été tuées, environ 80 boutiques pillées et ou brûlées selon les commerçants sur place. Moins de trois semaines après ces évènements, la plupart des commerces du quartier sont ouverts et les travaux de reconstructions ont bien avancé.

Adi contrôle les travaux de reconstruction de sa boutique. Appuyé sur un tas de briques, il explique avoir beaucoup perdu. « Ça coûte combien de reconstruire une boutique comme ça par exemple ? Une seule boutique, ça coûte presque 900 000 FCFA. Oui c’est beaucoup. Actuellement on n’a pas de marchandises, mais on peut les acheter à Douala, on va essayer de s’organiser. Les marchandises ont été pillées. Et c’est la première fois que ça arrive ? Non c’est la deuxième fois. Comment on fait ? On est fatigué. »

En face de chez Adi, Abakar passe des tôles pour recouvrir le toit de sa boutique faite de planches. « Moi je vends des boucles d’oreilles et des habits pour les femmes, mais j’ai tout perdu. Ils ont mis de l’essence et mis le feu. Je reconstruis tout avec mes propres moyens petit à petit. »

La boutique d’Abdel est debout, mais a été pillée. Il est le délégué des commerçants de cette partie du marché. Ses étalages de rajout pour cheveux sont clairsemés. Il aurait aimé un soutien financier ou logistique des autorités pour lui et ses collègues. « Les gens ont eux-mêmes contribué pour la reconstruction de leurs boutiques. Il n’y a aucune aide. Moi-même j’ai perdu tous mes biens. Regardez ce qu’il me reste… Ce n’est pas beaucoup… Je me débrouille avec ce qu’il me reste. »

Les commerçants sont las de l’insécurité dans le quartier. Pour la première fois depuis 2018, les forces de sécurité intérieure ont recommencé les patrouilles… Souleiman se dit content de cette présence officielle. « Avant il n’y avait pas la sécurité. On avait tout le temps peur de devoir fermer la boutique et de ne pas pouvoir travailler. La nuit on ne dormait pas trop bien, mais quand je vois les policiers en pleine patrouille je suis content et je dors tranquillement. On fait confiance dans les policiers de notre gouvernement. »

Le PK5 est le poumon économique de la capitale. Les commerçants de ce quartier importent les marchandises, essentiellement du Cameroun et les réceptionnent au kilomètre 5 avant qu’elles soient redistribuées vers le centre-ville. Une richesse qui fait des envieux et qui a longtemps été taxée par les groupes d’autodéfense implantés dans le quartier depuis la crise de 2013. Les heurts du mois de décembre ont opposé les commerçants excédés par le racket à ces groupes d’autodéfense.



rfi

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