Climat : l’effrayante cartographie des futurs impacts du réchauffement en Europe


Publié le 10 févr. 2020 à 7h40

Les Européens, et tout particulièrement les Français, ont du souci à se faire. A moins de réagir dès maintenant et avec ambition, canicules, submersions marines, feux de forêts et autres sécheresses vont s’abattre à un train d’enfer sur le Vieux Continent. Des événements climatiques déjà très perceptibles dans certaines régions et à certaines périodes, mais qui, si rien n’est fait, vont s’étendre géographiquement, gagner en fréquence et en intensité.

Où, quand et avec quels effets ? C’est ce que donne à voir le
jeu de cartes interactives simulant les impacts du dérèglement climatique

réalisé par l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) et que dévoile, ce lundi matin,
« Le Monde » sur son site internet

. Ces cartes, que l’on peut zoomer et dézoomer à volonté, sont la représentation concrète du pire des scénarios fournis par le GIEC, à savoir une montée en température de 2 degrés de la planète à compter de 2050 –
plutôt que le 1,5 degré espéré

 par l’Accord de Paris – et une aggravation de ses manifestations géophysiques comme
la montée des océans

.

Le Havre sous la menace

Une élévation estimée à 1 mètre en 2070 et bien plus au-delà, si l’hypothèse d’un réchauffement de 4 degrés en 2100 devait se vérifier. Le nombre d’Européens exposés aux débordements périodiques des mers passerait de 102.000 à 1,5 million, voire 3,65 millions, dans les 17 principales cités littorales de l’UE. Et c’est en grande partie sur les cités maritimes françaises que se concentre le risque de voir les submersions se multiplier. 

La France, en dépit de son importante façade littorale, apparaît sur les cartes beaucoup moins bien préparée que les pays d’Europe du Nord pour faire face à ce type d’événement. Quasiment tous ses estuaires et leurs infrastructures pourraient se retrouver sous les eaux. En premier lieu la baie de Seine, qui abrite le port du Havre et où il ne faudra pas plus d’un mètre d’élévation de la Manche pour qu’il soit mis hors-jeu. A moins de l’adapter au changement qui s’opère et de renforcer sa protection. Avec sans doute de très lourds investissements à la clé. 

Lourdes pertes économiques

A défaut, les pertes estimées dans les 17 principales villes portuaires d’Europe pourraient passer de 1 milliard d’euros en 2030 à 31 milliards en 2100, indique le site de l’AEE. « Ces changements liés aux dérèglements climatiques sont une réalité, mais nous pouvons encore agir en changeant les règles du jeu sur les marchés financiers. Faisons face à cette réalité et en sorte que les banques et les assureurs prennent en compte ces risques », rappelle Pascal Canfin, député (Renaissance) et président de la commission de l’environnement du Parlement européen.

L’AEE a aussi modélisé sur les cartes la fréquence et de la durée des épisodes de pluies torrentielles. Sur la période 2071-2100, l’intensité de ces précipitations hors normes sera supérieure de 35 % à ce qu’elle a été entre 1971 et 2000 dans le centre et l’est du Vieux Continent. En Europe du Sud, l’écart pourrait être de 25 %. 

Ce qui n’empêchera pas la sécheresse de gagner du terrain. Le nord-ouest de la France, encore peu impactée par les fortes canicules, ne le sera plus. La Nouvelle-Aquitaine et l’Occitanie vont être encore plus fortement touchées qu’aujourd’hui. Avec un degré d’exposition encore plus fort aux feux de forêt qui vont s’étendre à toute la France à la fin de ce siècle. Le risque d’incendie pourrait croître de plus de 40 % dans la moitié sud de l’Hexagone et de 10 à 20 % au nord de la Loire où il était jusque-là insignifiant. 

Une France condamnée à s’adapter

Un assèchement de la France, dont l’agriculture va durement pâtir. Elle entraînera une baisse du revenu des exploitants dans toutes les régions de l’Hexagone, à l’exception du Limousin, du sud-est Méditerranée et la Corse, où l’agriculture est peu intensive donc moins exposée à des pertes de rendement. En revanche, l’Ile-de-France pourrait être la plus touchée avec des revenus susceptibles de baisser de plus de 10 %. Un record.

Mais cette situation peut encore être évitée. Si l’agriculture parvient à s’adapter au changement climatique, par exemple en développant d’autres cultures, plus résilientes, le revenu des exploitants pourrait connaître une hausse de plus de 5 % dans la majorité des régions. C’est ce que démontre, carte à l’appui, le site. Une vision plus optimiste qui va demander une mobilisation sans précédent pour entrer dans la réalité future.



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