Irlande : grand gagnant des élections, le Sinn Fein cherche à monter un gouvernement de coalition



Publié le 10 févr. 2020 à 11h28Mis à jour le 10 févr. 2020 à 11h50

C’est un tremblement de terre politique comme l’Irlande n’en avait pas connu depuis 20 ans. Longtemps considéré comme sulfureux pour avoir été l’ex-branche politique de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), le Sinn Fein a viré en tête, dimanche, à l’issue des premiers résultats des élections législatives de la veille. Devançant les deux partis de centre droit qui se partagent habituellement le pouvoir, le Fine Gael du 
Premier ministre sortant Leo Varadkar

et le Fianna Fáil avec le soutien duquel il gouvernait jusque-là, il cherche déjà des alliés pour former un gouvernement de coalition.

A l’issue du premier tour du décompte entamé dimanche, le Sinn Fein a en effet été placé en tête de liste par 24,5 % des électeurs, devant les deux grands partis de centre droit, le Fianna Fáil avec 22,2 % et le Fine Gael avec 20,9 %, qui s’annonce comme 
le grand perdant du scrutin

.

Ancré à gauche et favorable à la réunification des deux Irlande, 
le Sinn Fein a surfé sur les insuffisances du gouvernement sortant

, au moment où les électeurs semblaient aspirer au changement. Augmentation des dépenses publiques financée par des hausses d’impôt sur les entreprises et les particuliers les plus riches, gel des loyers et priorité à la construction de nouveaux logements… Sa montée en puissance pourrait aussi inciter Dublin à durcir sa position vis-à-vis de Londres, alors que s’ouvrira début mars la deuxième phase des négociations sur le Brexit, portant sur la relation future entre le Royaume-Uni et l’UE.

Mode de scrutin complexe

Reste à voir comment l’arithmétique électorale répartira les 160 sièges de députés que compte le Dail, la chambre basse du Parlement irlandais. En raison du complexe mode de scrutin, sa composition ne sera connue qu’à l’issue du décompte total, qui peut prendre plusieurs jours. Les électeurs ne votent pas pour une liste constituée, mais composent leur propre liste en classant les candidats par ordre de préférence.

Le Fianna Fáil reste le parti le mieux placé pour emporter le plus de sièges, car le Sinn Fein n’a présenté que 42 candidats, soit environ deux fois moins que les deux grands partis centristes. Cela n’empêche pas son leader, Mary Lou McDonald, d’être 
déjà à pied d’oeuvre pour rechercher des alliés

.

Le Fianna Fáil ne ferme plus la porte à une alliance

« Je veux que nous ayons un gouvernement pour le peuple », a-t-elle lancé dimanche. « Idéalement » à ses yeux, ce gouvernement ne compterait aucun des deux partis centristes, a-t-elle ajouté. Avant de préciser que sa première option était de se tourner vers les petits partis comme les Verts ou les Sociaux-démocrates, avec lesquels des contacts ont déjà été pris.

Les deux partis rivaux avaient averti avant le scrutin qu’ils refuseraient de gouverner avec le Sinn Fein. Cette position n’est « pas tenable », a estimé Mary Lou McDonald, qui a indiqué qu’elle « parlerait avec tout le monde parce que c’est comme cela que font les adultes ». Grand perdant de l’élection, Leo Varadkar a maintenu sa position de rejet.

Mais le chef du Fianna Fáil, Micheal Martin, a de son côté mis de l’eau dans son vin. Tout en soulignant l’« incompatibilité » politique qui l’oppose sur certains sujets au Sinn Fein, il a expliqué qu’il avait « entendu le peuple » et a refusé de répéter qu’il s’opposait à une alliance.



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