L’AfD signe une victoire à la Pyrrhus



Publié le 10 févr. 2020 à 18h11

La 
mise sans dessous dessus de la CDU

est la victoire incontestable du leader du parti d’extrême droite en Thuringe Bjorn Höcke. « Nous avons fait l’histoire », s’est-il réjoui mercredi dernier, dans la foulée de l’élection du libéral Thomas Kemmerich à la tête du Land avec les voix de l’AfD et de la CDU réunies. Cet ancien professeur d’histoire et d’éducation physique de 47 ans, originaire de Rhénanie du Nord-Westphalie et père de quatre enfants, menace de poursuivre son oeuvre déstabilisatrice.

Face au refus de la droite traditionnelle d’apporter son soutien à Bodo Ramelow et pour que le premier ministre sortant issu de l’extrême gauche (die Linke) obtienne la majorité absolue qu’il réclame pour reprendre les commandes de la Thuringe, l’homme au regard bleu glace évoque ainsi le projet d’apporter à ce dernier les voix de l’AfD. Le fondateur de l’« Aile », mouvance la plus radicale du parti d’extrême droite conforterait ainsi son statut de faiseur de roi et son emprise sur son propre parti.

Une figure sulfureuse

Jusqu’à l’automne dernier, ses déclarations racistes vis-à-vis des migrants mais aussi révisionnistes sur la nécessité d’un « virage à 180 degrés de la politique mémorielle de l’Allemagne », et sur le mémorial de l’Holocauste qu’il considère comme « un mémorial de la honte », avaient contenu son influence. D’autant que la proximité de ses membres avec des groupuscules néonazis lui vaut d’être sous la surveillance de l’Office de la protection de la constitution.

Mais 
le succès électoral de Bjorn Höcke fin octobre

et ceux de ses affiliés dans le 
Brandebourg et en Saxe

, où l’AfD est devenu la première force politique d’opposition, ont commencé à changer la donne au sein d’un parti qui rêve d’accéder au pouvoir. « Il est complètement absurde et irréaliste de ne pas vouloir coopérer avec l’AfD sur le long terme. La base de la CDU l’a reconnu depuis longtemps », a ainsi déclaré lundi le président honoraire du parti d’extrême droite, Alexander Gauland.

Une victoire de courte durée

Lors du congrès du parti d’extrême droite fin novembre, le renouvellement de sa direction a été l’occasion pour Bjorn Höcke de placer ses proches, notamment le 
député de Görlitz

Tino Chrupalla qui a pris la succession du coprésident Alexander Gauland, et Andreas Kalbitz, leader du parti dans le Brandebourg. Alors qu’il avait maintenu ses distances vis-à-vis de cette mouvance, le porte-parole fédéral de l’AfD Jörg Meuthen célèbre désormais l’élection de Thomas Kemmerich comme « la première pièce du puzzle d’un tournant politique en cours en Allemagne ».

Selon Tilman Mayer, politologue à l’université de Bonn, le récent « coup d’Etat » de Bjorn Höcke pourrait néanmoins être une victoire à la Pyrrhus. « L’influence de l’AfD ne pourra se renforcer car l’événement va pousser les partis de la droite traditionnelle à se démarquer plus clairement de ce parti », souligne-t-il. C’est d’ailleurs ce qu’a fait Annegret Kramp-Karrenbauer lundi en soulignant que tout rapprochement avec l’AfD fait du mal à la CDU. Un signal clair à la « Werte Union », l’aile la plus conservatrice de son parti qui avait pourtant salué l’élection du libéral Thomas Kemmerich.



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