Bah Oury prévient: « Personne ne viendra lutter à la place des guinéens… » | Africa Guinee


CONAKRY-Opposant farouche au projet de nouvelle constitution porté par Alpha Condé, Bah Oury vient de lancer un appel aux guinéens à la veille de nouvelles manifestations appelées par le FNDC. Alors que la communauté internationale s’inquiète de plus en plus de la crise guinéenne et lance un appel au dialogue, le leader de l’UDD avertit que c’est aux guinéens de lutter pour leurs droits. « Personne d’autre ne le fera à notre place », soutient Bah Oury dans une interview qu’il nous a accordée. Entretien exclusif !!!

AFRICAGUINEE.COM : Les 12 et 13 février le FNDC appelle à de nouvelles manifestations dans le pays pour s’opposer référendum constitutionnel  couplé aux législatives du 1er mars. A quoi peut-on s’attendre concrètement ?

BAH OURY : Les manifestations resteront des manifestations dans le cadre légal et des  dispositions qui existent dans notre pays. Les guinéens se sont toujours opposés à ces genres d’oppressions, d’une manière ou d’une autre. Soit c’est visible comme les marches, soit de manière tacite. Une attitude beaucoup plus résiliente intériorisée et de perte de confiance vis-à-vis des autorités est beaucoup plus dangereuse qu’une attitude voyante. Le peuple de Guinée est en train petit à petit de tourner le dos à une certaine forme de gouvernance. Une relative apathie de la population vis-à-vis de ce type de gouvernance est beaucoup plus désastreuse que les manifestations voyantes, bruyantes et ouvertes. Tant que les manifestations sont voyantes, bruyantes et ouvertes, il y a des possibilités d’enclencher le processus de dialogue et de recherche de solution. S’il y a une plus grande distance, la résistance devient beaucoup plus intérieure  et là vous risquez d’avoir un sérieux problème. C’est comme si la défiance devient totale et une attitude de ce genre pourrait ouvrir d’autres brèches ou amener d’autres stratégies qu’on n’aurait pas souhaité.

Cette situation inquiète les chancelleries occidentales. Les Etats-Unis et l’UE demandent aux autorités guinéennes de marquer le pas et d’ouvrir le dialogue pour des élections inclusives. Comment analysez-vous ces deux déclarations ?

Ce sont des déclarations qui expriment l’inquiétude de la communauté internationale par rapport à ce qui risque d’advenir dans notre pays. Bien entendu c’est aux guinéens de lutter pour leur droit et personne d’autres ne le fera à notre place. Mais d’ores et déjà c’est une forme d’attention qui justifie la lutte qui est en train d’être menée.

Aujourd’hui beaucoup pensent qu’Alpha Condé devient sourd à tous les appels alarmistes. Est-ce que vous le reconnaissez aujourd’hui ?

D’habitude il était beaucoup plus conciliant, il faisait preuve de beaucoup plus de retenue. Pendant plusieurs années il a même été très attentif à ne pas dépasser certaines limites. A la demande du gouvernement, les chefs religieux se sont impliqués pour trouver des voies et moyens pour instaurer un type de dialogue avec le FNDC, la moindre des choses, puisque vous avez été à la base de l’initiative, c’est de les réécouter et les entendre. Mais vous leur fermez la porte et à beaucoup d’autres aussi qui dans les coulisses vous demande de faire preuve de calme de retenue et de pondération. Le clergé s’est exprimé ouvertement pour demander au président de la république de respecter la constitution. Je ne sais pas ce qui est en train de motiver ces dirigeants pour aller contre vents et marées dans une situation qui risque de précipiter leur propre perdition.

Est-ce que les attitudes de la CEDEAO et de l’Union Africaine ne sont pas un peu questionnables puisqu’on ne les a pas vus prendre des positions fermes par rapport à ce qui se passe en Guinée ?

Ils ont déjà réagi !

Est-ce suffisant ? Ne croyez-vous pas qu’il est temps pour eux de prendre des sanctions ?

C’est possible (…), cela pourrait venir. Comme on le dit, chaque chose en son temps. Bon le président Alpha Condé a une histoire, il a une certaine notoriété  sur le plan international. Il connait tous ces chefs d’Etats qui sont à l’heure actuelle à la tête de ces pays africains. Son âge et son passé a amené et amène beaucoup de dirigeants relativement plus jeunes à lui accorder respect et considération. C’est n’est pas du jour au lendemain, par un revers de la main qu’on peut décocher des icônes pour cela. Pour le moment, les gens essayent de le ménager pour ne pas offusquer sa sensibilité. Mais à huis clos et dans les coulisses,  les messages sont très clairs (…), ils lui font entendre raison mais dans la phase actuelle il refuse toute attitude d’une meilleure compréhension.

Est-ce que le scenario qui s’est passé en Gambie pour le départ de Yaya Jammeh peut se faire en Guinée ?

Les situations sont différentes (…), la Guinée est un pays qui n’est pas tout à fait à l’échelle de la Gambie. Les facteurs géo- politiques et géostratégiques sont extrêmement élevés dans notre pays. Les rapports de force ne sont pas les mêmes.

D’où cette prudence de la CEDEAO ?

Il y a cette prudence mais il y a aussi une crainte de contribuer à embraser un pays qui constitue une digue par rapport à beaucoup de phénomènes surtout en ce qui concerne les questions sécuritaires et qui peuvent impliquer l’ensemble de la sous-région. La voie diplomatique et la voie politique sont les éléments qui sont encore utilisés pour ne pas s’engager dans des voies sans issues.

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1 &

 BAH Boubacar LOUDAH

Pour Africaguinee.com

Tel : (+224) 655 31 11 13



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