Brexit : les Européens affichent leur fermeté face aux « illusions » de Londres



Publié le 11 févr. 2020 à 12h43Mis à jour le 11 févr. 2020 à 15h18

S’il fallait une preuve du fait que 
les négociations entre Londres et les Européens s’annoncent musclées

, elle a été fournie, mardi, par Michel Barnier. Alors qu’un document révélé par le « Financial Times » dévoilait les projets du gouvernement britannique pour tenter d’arracher à Bruxelles un accès privilégié, pour ses banques, au marché européen, le responsable de la négociation future s’est chargé de balayer ces espoirs.

Autonomie de décision

« Il ne doit pas y avoir d’illusion sur cette question : il n’y aura pas d’équivalence générale, globale ou permanente sur les services financiers », a averti le Savoyard. Londres sait en effet que le régime dit de « l’équivalence » donne à Bruxelles un puissant levier : à tout moment, il peut être retiré, avec effet en un mois. Londres voudrait supprimer cette épée de Damoclès et disposer d’un accès durable au marché européen. « Nous garderons la maîtrise de ces outils et nous garderons l’autonomie de décision », a martelé Michel Barnier.

Ce nouvel accrochage le démontre : avant même de formellement entamer la négociation accélérée qui vise à définir leur nouveau partenariat d’ici au 31 décembre,
Londres et les Européens envoient des signaux très divergents

quant à leurs attentes respectives. Mardi, devant un Parlement européen étonnamment clairsemé, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est dite « franchement un peu surprise » par l’idée, évoquée par le Royaume-Uni comme une possible solution de repli, de s’inspirer de la relation entre l’UE et l’Australie pour définir le futur lien entre Londres et les Vingt-Sept. Et pour cause : l’UE « n’a pas d’accord de libre-échange avec l’Australie » et cherche précisément à muscler sa relation avec Camberra…

Droits et devoirs

Derrière cette petite pique pointe l’inquiétude croissante de voir Londres choisir de s’affranchir des règles européennes. La semaine dernière, le Premier ministre britannique, Boris Johnson, avait été clair : il n’a aucune intention de continuer à se plier aux normes définies par les Vingt-Sept.

« Il est de plus en plus évident que les Britanniques souhaitent une option moins ambitieuse que celle que nous leur proposons », décrypte une source diplomatique. Il faut donc être clair sur les conséquences de la position britannique. Mardi, Ursula von der Leyen a insisté sur le fait que tous les accords de libre-échange « s’accompagnent de droits mais aussi de devoirs pour les deux parties ». En clair : les Européens ne sont pas prêts à ouvrir grandes les portes de leur « marché de 440 millions de personnes » sans que Londres, de son côté, s’engage à 
une relation équitable basée sur une concurrence loyale

. « Ce n’est pas le moment de revoir à la baisse notre protection sociale ou d’être hésitant au sujet des normes environnementales », a martelé l’ancienne ministre allemande de la Défense. Lundi, Michel Barnier avait prévenu : « Nous ne sommes pas prêts à conclure un accord à n’importe quel prix. »

Déclaration politique

Pour les Européens, il est essentiel de s’en tenir à la philosophie de la « Déclaration politique » qui accompagne le traité de divorce avec Londres et fixe les grandes lignes de la négociation future. Le principe d’une « concurrence ouverte et loyale » y est établi. « La déclaration politique, qui a été agréée mot à mot, ligne à ligne, avec Boris Johnson en octobre dernier reste et restera la fondation de toute négociation », a prévenu Michel Barnier. Ursula von der Leyen, mardi matin, a également fait référence à ce texte pour mieux faire passer son message. En espérant que Boris Johnson ait encore l’intention de s’y plier.



A lire aussi

Laisser un commentaire