Fati Sidpayété : La chansonnière de Kombissiri qui a conquis le Kadiogo


Fati Sidpayété, à l’état civil Fati Ilboudo, est incontestablement l’une des plus grandes voix de la musique traditionnelle burkinabè dans la province du Kadiogo. Adepte du warba, elle s’est imposée durant ces 40 dernières années dans le cœur des mélomanes. Elle a, à son actif, onze albums. Elle chante en mooré et possède sa propre troupe. Focus sur celle qui prétend dire la vérité partout, et peu en importe les conséquences.

Fati Ilboudo dite « Fati Sidpayeté » est née en 1954 à Kombissiri, dans la province du Bazèga, région du Centre-Sud. Ses parents sont des cultivateurs. A l’époque, elle a eu la chance d’être inscrite à l’école. Malheureusement, le mariage entre elle et l’école ne durera pas longtemps. Pour cause, la petite fille à l’époque avait autre chose dans la tête que d’écouter les « i, o, a » des enseignants. « Pendant les récréations, raconte-t-elle, je me mettais à chanter. Les temps libres, je les mettais à profit pour faire un peu de musique ». Cette envie de chanter, elle l’a l’héritée de ses parents et de ses grands-parents. Ils étaient eux aussi des chansonniers.

Le mariage et le déclic à Ouagadougou

Le parcours scolaire de la jeune Fati n’ayant pas abouti, elle se marie. Son conjoint est à Ouagadougou. Elle dépose donc ses valises dans la capitale. Prédestinée à la profession de ménagère, elle déjoue les pronostics. Elle décide de s’adonner à ce qu’elle aime le plus. C’est la musique, et surtout celle traditionnelle. Elle justifie ce choix par le fait qu’elle veut défendre sa langue maternelle, le mooré, et perpétuer par ricochet sa culture. Ainsi, dans les années 1980, elle est invitée à la Radio nationale. Elle chante « Sidpayeté ». C’est à partir de là qu’on lui a collé son nom de scène. « Sidpayeté veut dire qu’on doit toujours dire la vérité, peu importe le lieu et peu importe les conséquences. Ainsi, même si on doit mourir, on doit dire la vérité ».

Une grande star du Kadiogo

Après cet enregistrement, c’est le déclic. Le Kadiogo a sa nouvelle star, la chansonnière Fati Sidpayeté. Elle écume les scènes, multiplie les sorties. A chaque scène, elle satisfait son public. Le mooré, elle le manie bien. Elle sait bien chanter les « atalakou » des uns et des autres. « Je ne suis jamais rentrée la nuit pour préparer une chanson. Quand j’arrive à une cérémonie, je regarde le thème et je m’inspire. Je connais également les quatre coins du Burkina avec l’historique de leur création », raconte-t-elle. Pour mieux répondre aux attentes du public, elle crée sa propre troupe. C’est la « troupe Nabonswendé ».

Grâce à la musique, elle dit subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille.


Seulement, durant sa carrière, ce n’était pas un long fleuve tranquille. D’aucuns l’accusent de faire appel à des forces surnaturelles pour régner. Elle répond : « Le faire, c’est comme si je mettais Dieu de côté. Je préfère laisser les autres dire ce qu’ils pensent ». Ce n’est pas tout : aujourd’hui, ses détracteurs la trouvent politique, surtout proche du parti au pouvoir. Là aussi, elle se défend : « Il n’y a personne qui ne fait pas la politique. Il y a un adage qui dit que c’est le bruit qui rassemble les foules. Si les politiciens ont besoin de foules, ils nous font appel. Moi, personnellement, je n’ai pas de parti pris. J’y gagne mon pain. Partout où on m’appelle, j’y vais. Je n’y vais pas pour rien, mais pour mon cachet ».

Une femme qui a toujours gardé la tête sur les épaules

Le succès, Fati Sidpayété l’a obtenu. Pourtant, elle a su toujours garder la tête sur les épaules. « J’ai tout le temps cuisiné pour mon mari. Je fais le ménage comme une femme normale. Je le remercie d’ailleurs pour sa compréhension. Je fais des tournées de plus d’une semaine, mais il m’a toujours comprise ». Le défi actuellement, c’est d’assurer la relève. Pour cela, elle travaille dur. Même si aucun de ses cinq enfants ne souhaite faire la musique comme elle, d’autres personnes sont disposées. En attendant, la star se prépare pour lancer son 11e album. Un concert est également en vue. Mais son plus gros souhait, c’est que la paix revienne au Burkina Faso.

Dimitri OUEDRAOGO

Mariam Sagnon (vidéo)

Emmanuel Kalguié (montage)

Lefaso.net





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