Croissance : l’Europe à la merci du coronavirus



Publié le 13 févr. 2020 à 12h10

Jusqu’ici, l’Europe tient bon. En présentant, jeudi, ses prévisions économiques d’hiver, la Commission européenne a dressé le tableau d’un continent qui est parvenu, à ce stade, à éviter un trop net ralentissement, grâce à sa dynamique propre. Mais qui va devoir s’habituer à un rythme de croissance modéré au cours des deux prochaines années.

A en croire Bruxelles, la zone euro va connaître, cette année comme en 2021, une expansion de son PIB de 1,2 %. Pas de baisse par rapport à 2019, donc. L’Union dans son ensemble devrait quant à elle afficher une croissance à 1,4 % pour 2020 et 2021, contre 1,5 % l’an dernier.

Paris et Berlin au coude-à-coude

Après une année particulièrement difficile

, au cours de laquelle son PIB n’a crû que de 0,6 %, l’Allemagne peut s’attendre à une croissance de 1,1 % en 2020 comme en 2021. Non que ses exportations soient attendues en forte hausse cette année : elle pourra compter, plutôt, sur un effet calendaire favorable en 2020 et sur « le fort dynamisme des services et du secteur de la construction », a précisé jeudi Paolo Gentiloni, le commissaire européen en charge de l’Economie.

Sans oublier des mesures budgétaires apportant un soutien à l’activité. Ce qui placerait Paris et Berlin dans des dynamiques comparables. La France devrait voir sa croissance s’établir à 1,1 % cette année, puis 1,2 % l’an prochain. Après un très mauvais dernier trimestre 2019, du fait notamment des grèves,
elle devrait rebondir

, grâce à sa dynamique interne.

Dans un contexte mondial très incertain, l’Europe parvient donc à éviter le pire 
après une difficile fin d’année 2019, notamment du côté de l’

industrie. Le taux de chômage a continué de baisser, pour atteindre son point le plus bas depuis 2008, et une légère hausse des salaires est perceptible – ce qui pourrait pousser un peu l’inflation à la hausse. L’investissement public devrait également aider l’UE à maintenir sa dynamique.

Un risque « considérable »

Mais plus que d’habitude, Bruxelles marche sur des oeufs en annonçant ces chiffres. Car de nombreux risques pourraient assombrir ces perspectives. Le contexte commercial reste incertain, et nul ne peut encore affirmer que 
l’accord entre Pékin et Washington

va durablement apaiser les relations entre les deux puissances. Il subsiste également un « risque considérable » au sujet du Royaume-Uni : les prévisions actuelles sont fondées sur l’hypothèse d’une absence de choc commercial entre l’UE et Londres à la fin de l’année. Un scénario qui n’a rien d’assuré à ce stade : il implique qu’un accord soit trouvé entre Bruxelles et Londres. Les risques géopolitiques sont nets également, en particulier au Moyen-Orient.

Comparaison abusive

Mais c’est surtout le Coronavirus qui inquiète. A ce stade, il est tout simplement impossible de calculer précisément son impact sur l’économie européenne, qui n’est donc pas inclus dans les prévisions de la Commission. « Tout dépendra de la durée et de l’importance » de l’épidémie, a prévenu Paolo Gentiloni. Mais il n’a pas caché qu’en cas d’épidémie plus longue, l’impact pourrait être marqué sur les chaînes de production mondiales, ainsi que sur les secteurs du tourisme et du transport. « On compare parfois la situation à celle du SRAS en 2003, mais il ne faut pas oublier que la part de l’économie chinoise dans le monde étant totalement différente à l’époque », a remarqué le commissaire : la deuxième économie mondiale pèse 17,7 % du PIB mondial, contre 4,5 % en 2003. Et les Chinois représentent, à eux seuls, 18 % des dépenses de voyage dans le monde.



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