Dans les Alpes, préparer un avenir sans neige



Alarmés par le réchauffement climatique, les professionnels de la station Val-d’Isère s’activent pour trouver des solutions pour maintenir leur activité et pour la diversifier, raconte ce journaliste britannique du Guardian.

Quand l’entrepreneur français Jacques Mouflier s’est rendu à Val-d’Isère, un village isolé des Alpes situé à 1 800 mètres au-dessus du niveau de la mer, en 1935, il a vu l’avenir se dérouler devant lui. “Il va se produire un miracle, a-t-il déclaré à son jeune fils en désignant les montagnes qui entouraient le village. Des champions de ski de tous les pays vont venir s’affronter là où nous nous trouvons.”

Il avait raison. Val-d’Isère a produit le premier champion olympique de ski français en 1948 et, depuis, les sportifs professionnels y affluent pour s’entraîner et participer à des compétitions. Les amateurs viennent aussi, par dizaines de milliers. La station a vendu 1,3 million de “journées” de ski en 2018 et accueille plus de Britanniques chaque année que toute autre station au monde.

Le succès de Val-d’Isère s’est longtemps expliqué par le fait qu’on était sûr d’y avoir de la neige – en plus d’un environnement d’une beauté presque oppressante, d’hôtels 5 étoiles et de 300 kilomètres de piste, toutes aussi bien soignées qu’un jardin du Surrey. Les premiers flocons arrivaient tous les ans à la mi-novembre avec la régularité d’une montre suisse. En 1955, l’année où la station s’est mise à accueillir une compétition annuelle baptisée Critérium de la première neige, les organisateurs proclamaient que Val-d’Isère était la seule station française capable de garantir de la neige pendant tout le mois de décembre.

Baies abondantes, neige abondante

Les habitants affirment pouvoir prédire l’enneigement à venir aux baies des sorbiers : si elles forment des grappes bien dodues l’été, la neige sera abondante l’hiver. Pendant des années, les branches ont ployé sous le poids des baies, puis les autochtones ont remarqué un changement à partir des années 1980 : la première neige a commencé à arriver plus tard ; des pans de sol nu ont fait leur apparition sur des pentes qui étaient couvertes d’un manteau blanc uniforme les années précédentes ; certaines saisons, la neige était abondante, d’autres rare.

Le Pissaillas, un glacier dont les eaux de ruissellement nourrissent les forêts des alentours, s’est mis à reculer régulièrement et à se retirer un peu plus vers la pointe du Montet chaque année. En 2014, la neige était tellement en retard que le Critérium de la première neige a dû être, pour la première fois de son histoire, transféré à une station plus fiable en Suède.

Les Alpes se réchauffent plus rapidement que la moyenne mondiale pour des raisons que les scientifiques ne comprennent pas pleinement. Si la température mondiale a augmenté de 1,4 °C en moyenne depuis la fin du XIXe siècle, elle s’est accrue de 2 °C dans les Alpes. Le nombre d’heures d’ensoleillement augmente chaque année de 20 % depuis cent ans. Soit la neige ne vient pas, soit la chaleur et le soleil la font fondre. L’institut fédéral pour l’étude de la neige et des avalanches de Suisse a enregistré en 2017 les plus faibles chutes de neige hivernales depuis 1874.

Depuis 1960, 38 jours d’enneigement en moins

Selon un rapport de l’Union européenne des géosciences publié en avril, 90 % du volume des glaciers alpins – qui constituent une ressource essentielle pour l’eau potable, l’irrigation des cultures et les pistes de ski – pourraient avoir disparu à la fin de ce siècle.

Ce phénomène risque de causer la perte de l’industrie alpine du ski, qui compte 35 % des stations du monde réparties sur huit pays et reçoit, selon les estimations, environ 120 millions de touristes par an. Val-d’Isère est l’une des stations les plus hautes des Alpes et sera donc la dernière à ressentir tous les effets de la catastrophe climatique. Plus bas, en revanche, la disparition de la neige a déjà commencé à faire des ravages.

La durée moyenne d’enneigement a baissé de trente-huit jours depuis 1960, et les saisons se déplacent : les températures les plus

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Simon Parkin

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L’indépendance et la qualité caractérisent ce titre né en 1821, qui abrite certains des chroniqueurs les plus respectés du pays. The Guardian est le journal de référence de l’intelligentsia, des enseignants et des syndicalistes. Orienté au

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