Lutte contre le cancer au Burkina : Le ministère de la Santé sensibilise des journalistes


Le ministère de la Santé, à travers la Direction de la prévention et du contrôle des maladies non-transmissibles (DPCM), et avec l’appui de Médecins du monde, a tenu, ce mercredi 12 février 2020, une rencontre d’information sur le cancer, au profit des journalistes. Cette rencontre se tient en marge de la célébration de la Journée mondiale de lutte contre le cancer et la Journée mondiale de lutte contre le cancer infantile qui seront célébrées conjointement ce samedi 15 février 2020.

Au Burkina Faso, le cancer est l’une des principales causes de décès après les maladies infectieuses et les maladies cardiovasculaires. Il touche plus de femmes que d’hommes. En 2018, 11 643 nouveaux cas de cancer ont été enregistrés dans les formations sanitaires dont 4 127 chez les hommes et 7 515 chez les femmes. 9 221 décès liés au cancer ont été notifiés, dont 3 426 chez les hommes et 5 795 chez les femmes. Et si rien n’est fait, il est attendu, dans les cinq années à venir, 16 331 nouveaux cas de cancer.

Chez les hommes, le cancer le plus répandu est celui du foie, suivi du cancer de la prostate ; tandis que chez les femmes, le cancer du col de l’utérus et celui du sein sont les plus répandus.


Le cancer chez les enfants constitue 1% de tous les cancers. En 2018, ce sont 633 nouveaux cas de cancers pédiatriques qui ont été enregistrés, dont 363 chez les garçons et 270 chez les filles, et 118 décès. Selon Dr Bouda Gabrielle Chantal, onco-pédiatre, en 2019, le Centre hospitalier universitaire (CHU) Yalgado-Ouédraogo et le CHU pédiatrique Charles-de-Gaulle ont enregistré 223 patients atteints de cancer et 30 sont actuellement hospitalisés à Yalgado-Ouédraogo. Chez les enfants, malheureusement, les cancers sont très agressifs et à propagation rapide. Ils arrivent donc à l’hôpital généralement au stade avancé.

Face donc à ces chiffres, décideurs et populations sont appelés à lutter, chacun à son niveau, contre le cancer.

D’où le thème « Je suis et je vais » retenu pour la célébration conjointe de la Journée mondiale de lutte contre le cancer et celle de lutte contre le cancer infantile et qui couvre la période 2019-2021. Selon Dr Marie Emmanuelle Zouré, directrice de la prévention et du contrôle des maladies non-transmissibles, ce thème est une piqûre de rappel à chacun, afin de se sentir concerné par la question et de s’engager dans la lutte contre le cancer au Burkina Faso.

« Pour lutter contre le cancer, il y a la prévention qui concerne tout le monde. On n’attend pas d’avoir le cancer, on peut adopter des modes de vie qui vont limiter les risques d’apparition du cancer. Une fois qu’on est agent de santé, on doit contribuer à la détection précoce des cas de cancer, au dépistage des lésions précancéreuses et à la prise en charge des cas. La société civile également nous accompagne dans la lutte contre le cancer. Tout le monde, où qu’il soit, peut apporter quelque chose dans la lutte contre le cancer », souligne-telle.

Dr Zouré Marie Emmanuelle, directrice de la prévention et du contrôle des maladies non transmissibles

Facteurs de risques du cancer

Les facteurs de risque sont nombreux, à en croire Dr Sory Toalé Sibiri, médecin épidémiologiste à la DPCM. Ce sont le tabagisme, la surcharge pondérale ou l’obésité, le manque d’exercice physique, la consommation insuffisante de fruits et légumes, la consommation nocive d’alcool, l’infection à HPV sexuellement transmissible, l’infection par le virus de l’hépatite B et C ou d’autres infections cancérogènes, les rayonnements ionisants et ultraviolets, la pollution de l’air en milieu urbain.

Et comme dans la lutte contre toute maladie, l’accent doit être mis sur la prévention. Selon Dr Sory, les moyens de prévention primaires sont d’éviter les facteurs de risques. Il s’agit donc d’éviter de fumer, d’éviter la consommation d’alcool, notamment les alcools forts ou frelatés, d’éviter la consommation d’aliments trop sucrés, trop gras, trop salés et de consommer régulièrement cinq fruits et légumes par jour, de pratiquer régulièrement une activité physique, se faire vacciner et vacciner les enfants contre les maladies infectieuses, être attentif lorsqu’il y a des cas de cancer dans la famille, etc.

La prévention secondaire se fait, elle, à travers le dépistage précoce. Selon Dr Sory, le dépistage précoce a une très grande importance dans la prévention de certains cancers, notamment les cancers du col de l’utérus, du sein, de la prostate et du segment colorectal, et de la bouche. « Le dépistage précoce permet de déceler les lésions à un stade précoce, peu avancé, et d’intervenir par un traitement de la lésion précancéreuse pour éviter son évolution vers le stade de cancer proprement dit », explique-t-il.


Prise en charge du cancer

Selon le Dr Bambara Augustin Tozoula, oncologue médical au CHU Yalgado-Ouédraogo, la prise en charge du cancer se fait en fonction du stade de celui-ci. Selon donc que le cancer est au stade local (limité à l’organe), au stade locorégional (atteinte des ganglions) ou au stade général (métastase), la prise en charge se fait différemment.

Au stade local, la prise en charge se fera par la chirurgie et permettra de supprimer la tumeur, d’éviter les complications et de prévenir les récidives. A ce stade, l’oncologue peut aussi faire appel à la radiothérapie, qui n’est pas encore disponible au Burkina Faso, mais qui devrait l’être en 2020, selon Dr Zouré.

Au stade locorégional, la prise se fera par la chimiothérapie de préférence et a pour objectif de supprimer la tumeur, éviter les complications et prévenir les récidives. A ce stade, à part la chimiothérapie, le praticien peut aussi avoir recours, dans une moindre mesure, à la chirurgie ou à la radiothérapie.


Au stade général, en revanche, selon Dr Bambara, on ne parle plus de guérison, car les cellules cancéreuses auront déjà migré dans d’autres organes du corps. En ce moment, les soins palliatifs sont privilégiés pour améliorer la qualité de vie du patient et prolonger sa survie.

La prise en charge du cancer étant très coûteux et pas à la portée du Burkinabè moyen, l’accent devrait mis, selon les praticiens, sur la prévention et le diagnostic précoce.

Justine Bonkoungou

Lefaso.net





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