En Inde, près d’un élu sur deux a un casier judiciaire



La Cour suprême oblige désormais les partis politiques à publier le passé judiciaire de tous les candidats aux élections.

C’est l’une des curiosités de la plus grande démocratie du monde (1,3 milliard d’habitants) : en Inde, on peut avoir un casier judiciaire qui n’est pas vierge et se présenter aux élections locales ou nationales sans aucun problème. Le phénomène va croissant, puisque à l’Assemblée nationale élue en mai 2019, 43 % des députés sont dans cette situation, alors qu’ils étaient 34 % en 2014, 30 % en 2009 et 24 % en 2004.

Pour enrayer ce phénomène, la Cour suprême a décrété jeudi 13 février que les partis politiques auront dorénavant l’obligation de “publier le casier judiciaire” de leurs représentants “sur leur site Internet et dans la presse”, avant l’exercice du suffrage universel. Les partis devront justifier pourquoi les candidats n’ayant pas un casier vierge ont malgré tout obtenu l’investiture.

“Si bien intentionnée soit-elle, cette initiative ne va rien résoudre”, estime le Hindustan Times dans son éditorial du 14 février. Certes, les politiciens ayant des antécédents judiciaires “faussent” le jeu démocratique : “Même ceux qui ont commis un viol ou un crime peuvent échapper à la justice” grâce à l’immunité qui les protège une fois élus. Mais on sait par expérience que lorsque les gouvernements en place adoptent ce genre de mesures, “c’est pour viser leurs rivaux politiques”.

Pour le quotidien économique Mint, la vraie question est de savoir “pourquoi les partis choisissent des candidats ayant un casier judiciaire”. Pour l’instant, “la loi indienne interdit à toute personne condamnée à plus de deux ans de prison de se présenter à une élection, dans les six années suivant sa libération”. Or la justice est “tellement lente” qu’avec un peu d’influence et de favoritisme “les criminels peuvent y échapper durant toute la durée de leur carrière politique”.
Mais attention : être accusé ne signifie pas nécessairement que l’on est coupable. En Inde, “la police est sous contrôle politique et se fait souvent complice de fausses accusations pour diffamer l’adversaire de ceux qui sont au pouvoir”. Il ne faut donc pas s’étonner si la moitié seulement des élus ont un casier vierge.

Guillaume Delacroix





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