Les désaccords américano-européens évidents à Munich



Lors de la conférence annuelle sur la sécurité en Bavière, Mike Pompeo a mis en avant une vision idyllique des relations transatlantiques peu conforme aux perceptions des alliés de l’Amérique pendant qu’Emmanuel Macron a réclamé une Europe plus forte.

Le New York Times résume sans doute le mieux ce qu’il faut retenir de la journée de samedi à la conférence de Munich sur la sécurité : “Pompeo dit que l’ouest gagne. L’ouest n’y croit pas.” Le Washington Post propose une variante aussi pertinente : “une division atlantique : la fanfaronnade des États-Unis et le malaise européen”.

Lors de ce que le quotidien américain décrit comme un “Davos de l’élite mondiale de la politique étrangère”, Mike Pompeo, “le premier diplomate de Trump”, a assuré que “tout allait bien”. “Je suis ici pour vous dire que la mort de l’alliance transatlantique a été largement exagérée. L’ouest gagne et nous gagnons ensemble”, a affirmé le secrétaire d’État, dans une référence “à peine voilée” à Emmanuel Macron, qui avait parlé en novembre d’un OTAN “en état de mort cérébrale”, se souvient Russia Today, média proche du Kremlin.

Le Post conclut de l’intervention de M. Pompeo que “les différences transatlantiques sont devenues tellement grandes qu’on ne peut même plus se mettre d’accord sur le fait qu’on est en désaccord”. La vieille, signale le quotidien, le président allemand Frank-Walter Steinmeier avait mis en cause une administration Trump rejetant “le concept même de communauté internationale”.

Signe de la défiance du moment entre les deux alliés, “il n’y a pas eu d’applaudissement dans le public” après le discours du secrétaire d’État, constate Politico.

Le New York Post souligne qu’Emmanuel Macron, qu s’est exprimé après Pompeo, s’est au contraire plaint de “l’affaiblissement de l’ouest”. Sans citer une seule fois le nom de Donald Trump, le président français a ajouté que “nous ne pouvons pas être le partenaire mineur des États-Unis”.

“De nombreux yeux étaient braqués sur M. Macron”, note le New York Times alors que le chef d’État était en l’absence de son homologue américain et d’Angela Merkel, le dirigeant le plus attendu à Munich. Il a présenté “sa vision d’une nouvelle ère de puissance européenne”, retient la Deutsche Welle.” Il a continué à développer l’un des thèmes de sa présidence : projeter une souveraineté européenne audacieuse sur la scène internationale”. Autrement dit, il souhaite une coopération militaire renforcée au niveau européen, sans pour autant remettre en cause l’OTAN.

Emmanuel Macron “impatient”

“Macron est convaincu qu’une Europe plus forte est nécessaire en matière de défense, car les États-Unis investissent de moins en moins dans la sécurité européenne depuis la chute du mur”, analyse Die Zeit.

Si les relations entre le Vieux Continent et l’Amérique constitue un sujet majeur de discussion, celles au sein de l’Europe elle-même comptent tout autant. Der Spiegel détaille le “langage corporel” d’Emmanuel Macron lors de sa séance de questions-réponses d’une heure sur scène. “Le président ne s’assoit pas, il reste sur le bord de la chaise. S’il le voulait, il pourrait sauter de cette position à tout moment. Ses yeux parcourent le public. Un clin d’œil rapide, un hochement de tête rapide, un sourire rapide”, observe le magazine.

“Nous sommes un continent qui ne croit plus en son avenir”, explique le leader français. “Son impatience se ressent physiquement. Il se penche en avant”, précise Der Spiegel. Réfutant le terme de frustration, il “a déclaré ce samedi à Munich son ‘impatience’ en l’absence de dynamisme allemand dans les réformes européennes”, confirme El Pais.

“Macron a concentré son intervention sur ce qu’il a appelé ‘la crise de la classe moyenne européenne, qui commence à douter de la démocratie’”, poursuit le journal madrilène. Il veut que cette classe moyenne retrouve “son appétit pour l’avenir”. Comment ? “Il invite l’Union européenne à augmenter ses investissements dans les technologies qui permettront au continent de contrôler son destin”, indique Bloomberg, citant la 5G, sujet de discorde entre les États-Unis et la Chine. “Nous avons besoin de créer une nouvelle dynamique pour l’aventure européenne”, s’enthousiasme l’ancien ministre de l’économie.

“Avec son plaidoyer émotionnel pour une Europe plus forte, plus rapide et surtout plus intégrée, Macron peut souvent paraître arrogant”, estime Die Zeit. “En substance, son diagnostic est néanmoins pertinent : l’Union européenne est encore trop un domaine prioritaire pour le marché commun, qui n’a pas de poids politique”, reconnaît la publication allemande.

Quant à la question russe, le pensionnaire de l’Élysée a défendu son approche de main tendue. Pour Euractiv, il considère que la politique de défiance vis-à-vis de Moscou a échoué et que “la seule option est de renouveler le dialogue”.





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