L’excès d’inégalité nuit à la coopération



La coopération n’est-elle possible qu’entre individus égaux ? L’inégalité dissuade-t-elle forcément la contribution aux biens communs ? Dans cet entretien donné à l’hebdomadaire en ligne new-yorkais Nautilus, le mathématicien Christian Hilbe présente les apports de la théorie des jeux sur ces questions.

En 2019, le milliardaire indien Gautam Adani a obtenu l’autorisation d’exploiter des gisements de charbon en Australie. D’après le New York Times, le contrat a été conclu à l’issue d’une grande campagne menée par le groupe Adani, un conglomérat multinational présent dans de nombreux secteurs qui a conquis le cœur et l’esprit des habitants du Queensland, deuxième État d’Australie par sa superficie.

C’est un projet qui, à court terme, doit doper le développement de l’Inde et du Bangladesh, où le recours aux énergies renouvelables est souvent trop coûteux. L’Inde, contrairement aux États-Unis et à l’Europe occidentale, “n’a pas le choix” et doit utiliser du charbon, a affirmé Gautam Adani au New York Times. À long terme, la dépendance au charbon va à l’encontre des efforts mis en œuvre pour enrayer le réchauffement de la planète, car la combustion du charbon est l’une des principales causes des bouleversements climatiques.

Des biens communs menacés

n d’autres termes, la mission que s’est fixée un milliardaire devient un dilemme d’ampleur mondiale. La dépendance de l’Inde au charbon met en danger des biens communs – un air respirable, des conditions climatiques favorables, la sécurité nationale – et sape la coopération internationale visant à généraliser les énergies renouvelables.

Christian Hilbe, mathématicien, dirige une équipe de chercheurs à l’institut Max-Planck pour la biologie de l’évolution, en Allemagne, où il étudie les conditions favorables à la coopération entre les personnes. Son groupe élabore des modèles prédictifs inspirés par des dilemmes sociaux tels que le changement climatique, un exemple trop complexe pour être modélisé de façon réaliste.

“Nous voulons dégager la logique essentielle de ce problème, le simplifier au maximum, puis réussir à comprendre le modèle très simple qui en découle, m’a récemment expliqué le mathématicien lors d’une interview. Nous avons conscience qu’en élucidant le modèle simple nous ne résoudrons pas le problème du changement climatique. Mais nous voulons quand même comprendre certains des équilibres stratégiques en jeu.”

Je me suis entretenu avec Christian Hilbe peu de temps après la publication de ses travaux dans la revue Nature. Dans son article intitulé “Social dilemmas among unequals”, le mathématicien (et ses coauteurs de l’University of Exeter Business School, de l’Institute for Science and Technology Austria et de Harvard) conclut que, entre autres facteurs, les inégalités extrêmes empêchent les joueurs de coopérer en vue d’approvisionner les ressources destinées au bien de tous.

“Nos résultats, affirment les chercheurs, sont utiles pour les décideurs qui se soucient d’équité, de performance et de l’offre de biens collectifs.” Au cours de notre conversation, Hilbe a détaillé et expliqué le raisonnement qui régit son modèle, ainsi que les conséquences de ses résultats.

NAUTILUS : Comment modélisez-vous les répercussions des inégalités sur la population?

CHRISTIAN HILBE : Nous avons choisi un jeu qui est souvent utilisé comme modèle coopératif, appelé “le jeu des biens publics”, et nous avons examiné ce qui se passe quand les joueurs ont des profils variés, ce qui n’est pas le scénario classique. Habituellement, les joueurs sont égaux. Dans le cas le plus courant, tout le monde reçoit la même somme, par exemple 10 dollars. Puis, chacun décide combien d’argent verser dans un pot commun, en sachant que le montant qui s’y trouve est par exemple doublé, puis divisé équitablement entre tous les joueurs.

Le profit collectif est alors optimal lorsque chacun verse l’intégralité de sa dotation initiale dans le pot commun, puisqu’il est ensuite multiplié par deux. Mais, pour chaque individu, l’idéal est de conserver ses 10 dollars et d’espérer que tous les autres

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Brian Gallagher

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Hebdomadaire en ligne lancé en avril 2013, Nautilus se veut un magazine scientifique différent qui combine science, culture et philosophie. Il défend l’idée que “la science peut très bien se mêler à la littérature et au traitement 

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