Brexit : Londres et les Vingt-sept prêts à en découdre sur leur relation future



Publié le 25 févr. 2020 à 19h13

Face au désir d’émancipation du Royaume-Uni, les Européens ont 
préservé une nouvelle fois leur unité

. Réunis à Bruxelles, leurs ministres des Affaires européennes ont adopté mardi, à l’unanimité et au prix de modifications minimes,
le projet de mandat que leur proposait Michel Barnier

pour négocier la relation future avec Londres. Ce faisant, ils ont confirmé leur détermination à ne pas laisser prospérer à leur porte un concurrent qui miserait sur la déréglementation et le dumping. 
Le document

conditionne très clairement l’accès facilité des produits et des services britanniques au marché de 450 millions d’Européens, au respect d’un cadre réglementaire équivalent à celui qui régit le marché intérieur.

Le Royaume-Uni devra assurer le respect de « normes communes élevées et de normes élevées équivalentes au fil du temps en prenant celles de l’Union européenne comme un point de référence ». Derrière cette phrase alambiquée, l’exigence, au fil du temps, d’un alignement du cadre réglementaire britannique sur les critères européens, qu’il s’agisse des aides d’Etat, des normes sociales, environnementales, fiscales et sur la protection des données. Le texte confirme aussi que 
l’accord sur l’accès aux eaux britanniques

des pêcheurs européens sera indissociable du compromis global.

Pas à n’importe quel prix

Au même moment à Londres, le gouvernement britannique devait lui aussi arrêter sa position de négociation via une réunion de son comité « XS » (« exit strategy ») réunissant les ministres concernés par le Brexit, avant de la faire connaître jeudi matin au Parlement. La récente démission de l’ex-ministre des Finances Sajid Javid ne laisse que des Brexiters à la barre, augurant de la dureté de la position qui sera adoptée. Londres annonce vouloir conclure avec l’Union européenne un accord de libre-échange sur le modèle de celui conclu par Bruxelles avec le Canada, et ce d’ici la fin de cette année. Une position qui sera défendue par
David Frost

, le négociateur désigné par le Premier ministre, Boris Johnson.

« Nous ne conclurons pas cet accord à n’importe quel prix », a commenté de Bruxelles Michel Barnier, pour qui même un accord de type « Canada » impliquerait de la part de Londres le respect de conditions de concurrence équivalentes à celle de l’Union, sous peine de sanctions en cas de dumping. Un traitement spécial justifié par la proximité du Royaume-Uni, l’importance de son marché et l’étroitesse de ses liens avec le marché unique.

Avertissement

Le temps est compté pour ces négociations inédites entre deux ex-partenaires d’un marché commun, puisqu’elles devraient s’achever à la fin de l’année. Elles vont démarrer dès lundi prochain et comporteront « dix cycles de discussion de trois semaines » mais Bruxelles insiste sur le fait que ce « timing », clairement insuffisant à ses yeux, est le choix exclusif des Britanniques et ne contraindra pas les Européens à lâcher du lest dans la dernière ligne droite. Pas question d’être « l’otage » du calendrier britannique, a répété la secrétaire d’Etat française, Amélie de Montchalin.

Fidèle à sa réputation, Boris Johnson ne fait rien pour apaiser le climat. Son porte-parole a fait savoir que le gouvernement britannique n’avait « demandé à aucun port de se préparer à de nouveaux contrôles douaniers entre la Grande Bretagne et l’Irlande du nord », là où 
l’accord de divorce d’octobre dernier

en prévoyait pourtant pour les biens in fine destinés à l’UE. D’où la remarque en forme d’avertissement lancée par le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney : La mise en oeuvre de l’accord déjà conclu « est le test de la bonne foi et de la confiance, et sans bonne foi et sans confiance, la construction d’une relation future ne sera pas facile ».



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