Accord de libre-échange avec Washington : Londres affiche sa fermeté



Il n’y a pas qu’avec l’Union européenne que le Royaume-Uni durcit le ton en amont des prochaines négociations commerciales. Londres a aussi affiché sa fermeté, lundi, vis-à-vis de Washington. En prenant bien soin de publier – le jour même de l’ouverture des discussions avec Bruxelles – son mandat de négociation en vue des pourparlers transatlantiques qui démarreront ce mois-ci. Une manière de rappeler que
les deux négociations seront menées en parallèle

.

« Le NHS [le système public de santé britannique] ne sera pas sur la table. Le prix auquel il paie les médicaments ne sera pas sur la table. Les services qu’il fournit ne seront pas sur la table », prévient d’emblée le Royaume-Uni dans un
document de 184 pages

, où il fixe ses objectifs et lignes rouges. Pas question d’offrir cet actif national aux appétits de l’ogre américain. « Nous ne transigerons pas sur le niveau élevé de nos normes sur l’environnement, le bien-être animal et la sécurité alimentaire », ajoute le texte. Là où certains voyaient déjà le pays accueillir à bras ouverts, dans le domaine agricole, les poulets javellisés et les boeufs aux hormones américains.

Exportations de cheddar et de whisky

En revanche, Londres espère convaincre Washington de baisser ses droits de douane pour ouvrir de nouveaux débouchés à ses constructeurs automobiles, entreprises textiles, fabricants de céramique et industrie créative. Idem pour ses producteurs de produits laitiers, là où ses exportations de cheddar sont actuellement taxées à hauteur de 17,6 %. Le pays espère aussi la levée des droits punitifs imposés par l’administration Trump sur le whisky écossais et l’acier, en réponse aux aides d’Etat européennes octroyées à Airbus. Il nourrit enfin de grandes ambitions sur le commerce de data, les technologies quantiques ou encore les voitures autonomes.

« En échangeant des saumons fumés écossais contre des chapeaux Stetson, nous offrirons des prix plus bas et un choix plus étendu à nos consommateurs »,a résumé Boris Johnson

dans une de ces formules dont il a le secret.

Pas le même enjeu qu’avec l’UE

Le gouvernement de Boris Johnson reconnaît néanmoins en filigrane que l’enjeu est de moindre importance qu’avec l’Union européenne. Les échanges avec les Etats-Unis atteignent aujourd’hui 221 milliards de livres, et il espère les augmenter de 15,8 milliards. Mais un accord particulièrement complet ne lui permettrait d’espérer qu’une amélioration de 0,16 % du PIB britannique à horizon 2025. A titre de comparaison, le Brexit assorti d’un accord avec l’UE sur le modèle canadien réduirait le PIB de 4,9 % d’ici à 2025,
avait estimé fin 2018 le gouvernement de Theresa May

.

Les ordres de grandeur sont ainsi loin d’être équivalents

. Les Etats-Unis représentent moins de 15 % des exportations britanniques de marchandises, l’UE 45 %. Ils pèsent 21 % des exportations de services du Royaume-Uni, et l’UE 43 %.

Un accord de libre-échange avec les Etats-Unis représenterait cependant une vraie victoire pour les partisans du Brexit.

Le Royaume-Uni devrait bientôt fixer ses objectifs de négociation pour nouer d’autres accords commerciaux avec l’Australie, le Japon et la Nouvelle-Zélande, l’objectif étant de couvrir ainsi 80 % de ses échanges commerciaux d’ici à 2022.



A lire aussi

Laisser un commentaire