À Fessenheim, entre tristesse et inquiétude



Les sentiments sont partagés concernant l’arrêt du premier réacteur de la centrale de Fessenheim. Alors qu’en Allemagne et en Suisse le soulagement domine, beaucoup de Français sont en colère. Cette journaliste allemande s’est rendue sur place pour y décrire l’ambiance.

Jean-Luc Cardoso, 52 ans, s’est résigné. “On s’est battu, et on a perdu”, lâche-t-il. Dans les mots du syndicaliste, on ne sent plus cet esprit de résistance qu’on voyait encore sur les photos et les vidéos de l’année dernière. En 2012, par exemple, quand ses collègues et lui ont empêché un délégué interministériel dépêché par Paris de pénétrer sur le site. Même la police n’a rien pu faire. Ou lors des marches aux flambeaux ou des placardages qu’ils ont organisés avec leurs familles et d’autres habitants du cru, dans l’espoir que “ça ne se concrétise pas trop vite”.

“Ça”, dans la bouche de Jean-Luc Cardoso, c’est la fermeture de la doyenne des centrales nucléaires de l’Hexagone, Fessenheim. Vendredi [21 février], le premier réacteur [a été] mis hors service. Il sera suivi du deuxième le 30 juin. Mais il ne s’agit pas d’une simple fermeture, insiste-t-il : “C’est la mise hors service prématurée d’une centrale en parfait état, pour des raisons politiques.” Le concert de protestation serait donc amplement justifié.

Le premier employeur de la région

L’écart entre les réactions pourrait difficilement être plus béant. Tandis que l’Allemagne et la Suisse voisine sont soulagées de voir l’arrêt des deux réacteurs de Fessenheim, après des années de contestation et des reports à répétition, les Français, eux, craignent de sombrer dans un trou noir. Non pas parce qu’on n’y produira plus de courant et que les lumières s’éteindront, comme certains le prophétisaient – même si, sur le papier, la centrale produisait encore l’année dernière 90 % de la consommation électrique de l’Alsace, l’électricité de Fessenheim continue de provenir, comme avant, de toute la France, et même régulièrement d’Allemagne –, mais parce que la plupart des employés et des sous-traitants vont partir (ils sont plus de 2 000 à ce jour), ce qui inquiète les commerçants, les artisans et les restaurateurs. Le maire prévoit d’ici peu un trou dans ses recettes fiscales. Et aucune solution n’est en vue pour l’instant pour remplacer le premier employeur de la région. Même si on n’a pas manqué de temps pour s’y préparer.

Quand on quitte Mulhouse, par une journée brumeuse d’hiver, et qu’on prend la direction de la frontière allemande jusqu’à Fessenheim, on aperçoit la silhouette de la centrale peu de temps avant d’arriver. Le gros parallélépipède blanc posé sur les berges du Rhin se découpe à peine sur l’horizon. Seuls les imposants pylônes solidement campés au milieu de champs déserts pointent sans confusion possible vers le point de départ de ce long chapelet.

“Ça fait déjà des années qu’on n’investit plus. Personne ne peut dire si ça vaut encore le coup”, soupire Laurent Schwein, qui tient le restaurant Au Bon Frère. À midi, le chef a préparé un goulash avec des tagliatelles et du chou rouge. Avant, il n’était pas rare qu’il reçoive des salariés d’EDF venus du siège, à Paris, au milieu de ses meubles rustiques en bois. Ils passaient souvent la nuit dans les chambres, en haut, quand ils devaient rester plusieurs jours à Fessenheim. Y compris des techniciens et des agents de maintenance des sous-traitants.

Des investissements grâce

[…]

Karin Finkenzeller

Lire l’article original

Source

C’est la publication allemande de référence, une autorité outre-Rhin. Ce (très) grand journal d’information et d’analyse politique, pointu et exigeant, se distingue aussi par sa maquette et son iconographie très recherchées. Tolérant et libéral, il

[…]

Lire la suite





A lire aussi

Laisser un commentaire