Bruxelles veut guider l’industrie dans la « double transition » climatique et numérique



Le cap des 100 jours vient d’être passé mais le temps des annonces est loin d’être fini pour la nouvelle Commission européenne. Mardi, elle a dévoilé à Bruxelles sa nouvelle « stratégie industrielle », un plan d’action visant à aider le coeur de l’économie européenne à faire face à la « double transition » qui l’attend : les révolutions numériques et climatiques, priorité du mandat de la présidente Ursula von der Leyen.

« Cela nécessite des efforts radicaux qui doivent démarrer dès à présent », a insisté le commissaire à l’Industrie et au Marché unique, Thierry Breton. Mais pas question pour lui d’imposer d’entrée le chemin à suivre et les mesures à prendre pour parvenir à la neutralité climatique d’ici 2050 , grand objectif du « green deal » européen. Grand défenseur de la « soft law », il promet et promeut une approche souple, « par écosystème » et intégrant pleinement les entreprises et les autres parties prenantes (chercheurs, syndicats, Etats, etc.) à la réflexion ces prochains mois.

« Nous sommes là pour aider les entreprises, sans en oublier aucune », a-t-il insisté. Charge ensuite pour Bruxelles de tirer de cet état des lieux d’éventuelles conclusions législatives puis de faciliter l’accès aux plans de soutien au verdissement et à la digitalisation de l’économie.

Chasse à la surréglementation

Alors que les débats récents ont beaucoup tourné autour des grandes entreprises et du besoin de champions européens plus solides, la Commission prend ici garde de remettre l’accent sur les PME, « épine dorsale de notre économie », avec un plan d’action dédié. Elle promet de renforcer le fonctionnement du marché intérieur, encore trop laborieux aux yeux d’une large majorité d’entre elles. Bruxelles annonce des « guichets uniques » dans chaque Etat et veut lancer une nouvelle chasse aux règlements inutiles et aux barrières insidieusement érigées par les Etats membres. Un groupe de travail va être lancé avec ces derniers mais son issue reste incertaine tant ce dossier constitue un serpent de mer européen.

Les autres mesures du plan PME font également écho à des difficultés récurrentes : Bruxelles appelle à renforcer leur accès aux marchés publics et à fluidifier et diversifier leur financement. Là aussi, les promesses sont louables mais déjà entendues par le passé.

La Chine dans le viseur

Si la stratégie dévoilée est globalement saluée, elle sonne toutefois encore creux. D’autant que les sujets clés pour l’avenir de l’industrie, comme la réforme des règles de concurrence , pour favoriser l’émergence de champions mondiaux, et la création d’une contribution carbone aux frontières, pour contrer le dumping climatique, restent en suspens. La Commission ne prévoit de présenter ses projets en la matière qu’au deuxième semestre au mieux. La réforme de la concurrence, en particulier, ne devrait pas être lancée aussi vite que ne l’exigent Paris et Berlin. La Commission ne s’attaquera aussi qu’en 2021 aux cas des entreprises subventionnées par des pays tiers et opérant sur le territoire européen.

Un plan pour renforcer la propriété intellectuelle et les brevets européens va en outre être lancé. La Chine n’est pas nommée mais bien visée par ces projets.

Multiplier les alliances européennes

D’ici là, la Commission continue de promouvoir son dispositif de « projet d’intérêt européen commun » (IPCEI), le récent lancement par Paris et Berlin d’une « alliance des batteries » étant érigé en exemple à suivre. Ce dispositif permet de fait à Bruxelles d’impulser une forme de politique industrielle commune en autorisant les aides d’Etat dans des domaines clés et d’avenir. Il sera révisé pour être plus simple et faire plus de place aux PME, a annoncé Thierry Breton, appelant à lancer rapidement de telles alliances dans l’hydrogène, l’Internet des objets et le cloud industriel.



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