Au coin du feu avec Fabien Banciryanino – IWACU


Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Fabien Banciryanino.

Votre qualité principale ?

Je n’ai pas peur de dire la vérité.

Votre défaut principal ?

Je suis d’un caractère secondaire. Quand je prends une décision, il m’est difficile d’y revenir.

Le défaut que ne vous supportez pas chez les autres ?

Je ne tolère pas le mensonge et la malhonnêteté.

La femme que vous admirez le plus ?

Celle avec qui je suis depuis 32 ans.

L’homme que vous admirez le plus ?

Le prince Louis Rwagasore. Malgré l’aisance matérielle de sa famille, le prince Rwagasore n’a jamais été un enfant pourri gâté comme certains enfants issus des familles royales.

Votre plus beau souvenir ?

La naissance de mon premier enfant .La raison est simple. Notre 1er enfant né le 28 septembre 1989 est mort tout petit .Heureusement, le 9 novembre 1991, Dieu nous a bénis avec un autre enfant. Un garçon. Vous savez, avoir un enfant, c’est un long chemin ! Depuis l’instant où tu fais la cour à celle qui sera ta femme, le mariage, jusqu’à avoir des enfants… C’est un miracle!

Votre plus triste souvenir ?

Les tueries de 1993 : lors de cette crise, beaucoup d’innocents ont été tués et surtout de pauvres enfants. La plupart ne savaient même pas leurs appartenances ethniques. Ce qui est paradoxal, c’est qu’au Burundi, on ne devrait même pas parler d’ethnies. Parce que par ethnie, l’on sous-entend la culture, les coutumes et les croyances sont différentes. Ce qui n’est le cas pour notre pays !

Quel serait votre plus grand malheur ?

Le plus grand malheur de ma vie serait de mourir sans voir mon pays changer. Cela me ferait tellement mal de partir pour de bon en laissant mon pays entre les mains d’un gouvernement qui n’est pas prêt à servir.

La plus belle date de l’histoire ?

Le 1er juillet 1962, le jour de l’indépendance. Malgré l’assassinat du prince Louis Rwagasore, la lutte pour l’indépendance a continué. Aussi, faut-il admettre qu’après la mort du Prince Rwagasore, se libérer du joug colonial semblait voué à l’échec.

La plus terrible ?

Le 13 octobre 1961, la mort du prince Louis Rwagasore . Alors qu’il a sacrifié sa vie pour le Burundi, avec sa mort, tous les projets qu’il avait pour son pays ont volé en éclat.

Le métier que vous auriez aimé faire ?

Le métier d’enseignant .C’est un métier d’honneur. J’ai fait 15 ans dans l’enseignement, dont 10 ans comme directeur. Entendre mes anciens élèves m’appeler encore « directeur », je me sens tellement fier. Aussi, voir ton ancien élève, devenir une grande personnalité, c’est merveilleux.

Votre passe-temps préféré ?

Le sport. Certes, je ne fais plus des sports qui demandent beaucoup d’énergie, la marche me suffit. Dans ma jeunesse, j’ai participé dans des compétitions de course. Malheureusement, je n’ai jamais été primé comme champion. L’essentiel était de participer.

Votre lieu préféré au Burundi ?

Les provinces Bubanza et Mwaro.

Mwaro, parce que c’est ma province natale. Là-bas, tu peux y trouver des gens âgés d’environ 70 ans mais en très bonne santé, des gens qui n’ont jamais pris de médicaments. De plus, l’on n’y boit de l’eau naturelle qui provient des sources. A Bubanza, j’y ai aménagé adulte. Parmi les raisons qui m’ont poussé à m’ y installer, d’abord, elle est proche de Bujumbura. Mais aussi, c’est une bonne province pour faire des affaires. Enfin, les gens de Bubanza sont hospitaliers quoiqu’elles soient facilement manipulables.

Le pays où vous aimeriez vivre ?

Le Burundi . Honnêtement, vivre à l’étranger ne me tente pas où il est difficile de voir une parenté ou une connaissance… Dans un monde où tout le monde est affairé… Non, s’il m’arrive d’aller à l’étranger, ça sera pour des études ou le tourisme. Sinon, j’aimerais passer le reste de ma vie au Burundi.

Le voyage que vous aimeriez faire ?

Le voyage que je rêve de faire, c’est aller dans tous les camps des réfugiés burundais pour leur rendre visite. Je n’ai jamais été réfugié. Penser aux réfugiés me fait de la peine. Ils vivent dans de mauvaises conditions. Je reconnais que je n’ai pas assez de moyens pour les aider. Mais, je peux porter loin leurs voix.

Je me rappelle le jour où le ministre de l’Intérieur s’était rendu dans le camp des réfugiés burundais en Ouganda. En plus de le huer, les réfugiés burundais ont commencé à lui jeter des pierres. Quelques jours après, au Parlement j’ai plaidé pour qu’on donne le feu vert à la commission de l’Assemblée nationale qui s’occupe des affaires sociales et dont je suis membre, pour qu’on aille visiter nos compatriotes dans les camps. Peine perdue. Je pense d’ailleurs que si c’étaient des parlementaires qui s’y étaient rendus à la place du ministre, la communication aurait été autre.

Votre rêve de bonheur ?

La liberté et la sérénité des juges burundais. Parce que là où il n’ y a pas de vérité et de justice équitable, il ne peut pas y avoir de changement, voire le développement.

Votre plat préféré ?

Les fruits et les légumes. Et surtout, l’avocat.

Votre chanson préférée ?

J’aime l’Hymne Nationale. A travers les paroles de cette chanson, l’on ressent l’amour patriotique du compositeur.

Quelle radio écoutez-vous ?

La Radio Isanganiro, parce que c’est l’une des radios qui émettent encore sur le sol burundais .Elle essaie de dire la vérité. Je ne peux pas oublier les radios comme la Rpa (Radio publique africaine). Malheureusement, je ne l’écoute pas souvent, parce qu’elle émet à l’étranger.

Votre devise ?

Dire la vérité. Il n’y aura jamais de paix, si les gens ne s’engagent pas à dire la vérité.

Votre souvenir du 1er juin 1993 ?

Contrairement aux autres Upronistes, la victoire du Frodebu ne m’a pas du tout dérangé. Je me souviens qu’après la proclamation des résultats, les membres de ce parti sont venus danser devant nos ménages. Profitant de l’occasion, je me suis mis à danser avec eux. Mes voisins ne me comprenaient pas.

Votre définition de la Démocratie ?

Pour moi, la démocratie, c’est la garantie des droits fondamentaux. On parle de démocratie, lorsque les gens ont le droit de s’exprimer librement sans avoir peur. Voir des radios comme BBC, VOA, la RPA, Bonesha Fm et la télé Renaissance, ne plus émettre sur le sol burundais, c’est la preuve que nous avons encore du pain sur la planche. Preuve que tout le monde à demi-mot désire leur réouverture. Malgré l’interdiction, je sais qu’il y a certains de mes collègues qui écoutent la RPA ou Inzamba discrètement sur leurs Smartphones.

Il faut savoir qu’ interdire à quelqu’un d’ écouter ou de suivre une telle radio, une telle émission, suscite plus de curiosité. La personne fera tout pour savoir ce qui se dit et qu’on lui empêche d’entendre. C’est humain. Et puis, admettons qu’avec internet, les réseaux sociaux et les smartphones, il est difficile de « coudre la langue du journaliste. »

Votre définition de la justice ?

La Justice est une notion complexe. On parle de justice, lorsqu’il y a un principe moral qui exige le droit et l’équité. Malheureusement, l’Etat actuel est tellement loin de la justice. Il n’y a plus d’indépendance ni de liberté d’expression. Toutes lois adoptées ne sont jamais appliquées. Aujourd’hui, tuer son prochain, c’est devenu quasi monnaie courante. Je ne sais pas si c’est à cause de l’abolition de la peine de mort, mais le constat est qu’il n’y a plus du respect d’autrui.

Et si après les élections 2020, vous n’est pas élu député, allez-vous continuer de plaider pour les citoyens ?

C’est vraiment difficile. Ce n’est pas facile de parler sans avoir une couverture. Mais, j’y pense encore. Tout dépendra de la situation après les élections.

Si vous deveniez président de la République, quelles seraient vos deux premières mesures ?

-Réduire le nombre de ministères : le parlement compte huit commissions et toutes ces commissions élaborent les questions qui touchent le pays. Un petit pays, comme le nôtre, n’a pas besoin de beaucoup de ministères. Réduire le nombre des ministères réduirait les dépenses nationales.

– J’établirai un Etat de droit et d’équité. Je ferai feu de tout bois pour redonner à la Justice ses lettres de noblesse. Parce que c’est grâce à une justice impartiale que l’on arrive au développement.

Si vous étiez ministre de la Justice, quelles seraient vos deux premières mesures ?

Je redonnerai aux juges burundais toute l’indépendance qui leur est due. Grâce à cette indépendance, ils rendraient des jugements, selon la loi, sans être influencés par qui que ce soit.

Pensez-vous à la mort?

Évidemment, j’y pense. Nous devons tous mourir, un jour.

Croyez-vous à la bonté humaine ?

Bien sûr. Les gens bons existent encore.

Si vous comparaissiez devant Dieu, que lui diriez-vous ?

Ma seule prière sera de supplier le Tout-Puissant de donner au peuple burundais, un gouvernement qui l’ aime et qui est prêt à le servir. Comme je l’ai dit, j’implorerais l’Eternel de nous donner d’autres autorités. Je n’oserais jamais prier pour demander un gouvernement comme celui que nous avons aujourd’hui.



burundinews

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