Association des tisseuses Teegawendé : « Si aujourd’hui on a une grande promotion du Faso Danfani, c’est qu’il y a eu des gens qui ont bataillé », dixit Germaine Compaoré


Le tissage est un vieux métier au Burkina Faso, plus veille que la colonisation. Il reste un métier qui survie à la modernisation et continue de faire son bonhomme de chemin. Au premier rang des acteurs de la promotion du coton local, il y a des femmes qui arrivent à se mettre en associations pour habiller les Burkinabè et même des gens de l’extérieur. Nous sommes allés à la rencontre d’une de ces associations, pour vivre son quotidien. Il s’agit de l’Association des femmes tisseuses Teegawendé, avec pour présidente Germaine Compaoré née Bonkoungou. Lisez.

Lefaso.net : Présentez-nous votre association

Germaine Compaoré née Bonkoungou : L’Association des femmes tisseuses Teegawendé est un regroupement de femmes de la ville de Ouagadougou. Elle est née en 2008-2009 et exerce exclusivement dans le domaine du tissage. C’est une association qui est partie de l’Association femmes unies pour le progrès du Faso.

Comment est née cette association ?

Nous étions dans le quartier en face de notre association qui était un quartier de zone non-lotie. Et dans ce quartier appelé Kourittenga, presque dans chaque cour, il y a une femme qui tisse. Donc avec l’Association femmes unies pour le progrès du Faso qui faisait du tout, la majorité des membres étaient dans le tissage. Moi je voyais que c’est un secteur très porteur, pourquoi ne pas se mettre ensemble pour pouvoir aller de l’avant ?

J’en ai parlé à madame le maire Séraphine Ouédraogo en son temps, qui me dit « mais tiens, quand je rentre pour faire mes lotissements dans la zone, partout il y a des femmes qui tissent. Est-ce que vous ne pouvez pas former, rien qu’une association de tisseuses ». C’est là qu’on a commencé avec le recrutement en 2008, et en 2009 on a commencé les activités. Il y a eu l’ONG Shalom qui nous a soutenues avec un crédit pour l’acquisition de la matière première et c’est ainsi que les activités de l’association ont commencé. Et c’était à l’école Kourritenga qu’on se rencontrait. Après un an de crédit de travail, nous avons eu un fonds de roulement. Nous avons pris ça, renouvelé le crédit et pris le fonds de roulement pour mettre en place notre centre qui fait en même temps office de siège, en 2012. Voici comment l’association a débuté.

Vous êtes combien de membres dans l’association à la date d’aujourd’hui ?

A la date d’aujourd’hui, nous sommes 347 membres actifs dans l’association. Je ne compte pas celles qui ont leurs noms au départ mais qu’on ne voit plus. Il y a eu quelques dispersions. Mais la dispersion aussi est liée aux intempéries que nous avons connues dans la zone. La pluie du 1er septembre 2009 a entraîné le déguerpissement d’un grand nombre vers Yagma. La distance faisant, il y a des femmes qui n’arrivent plus à revenir.

Deuxièmement, c’est le grand canal en aménagement qui se trouve juste en face du siège de notre association. L’aménagement de ce canal a touché plus de 300 ménages et qui étaient pratiquement des meneurs de l’association. Elles aussi se sont dispersées un peu partout dans la ville de Ouagadougou. Et cela devient difficile pour ces dernières de participer aux activités de l’association comme il se doit.

Comment trouvez-vous de l’espace pour que tous les membres de l’association puissent tisser ?

Il y a des tisseuses au siège de l’association mais la plupart des membres, chacune reste chez elle. Les hommes aiment cette activité parce qu’elle retient la femme à la maison. Quand tu dis à une femme de quitter le domicile pour venir tisser au centre, elle trouve que c’est un vide qu’elle va laisser à la maison. Et même qu’il n’y a pas assez de place au centre, toutes les femmes ne peuvent pas venir tisser dans nos locaux. Donc c’est juste un échantillon de femmes qui est toujours au siège pour représenter les autres.


Comment va le marché pour vous ?

Côté marché, si ce n’est pas nous-mêmes qui n’arrivons pas à travailler, avec les efforts et la bonne politique du gouvernement pour promouvoir le textile, si tu fais ce qui est bien, le marché, ne manque pas.

Combien avez-vous comme chiffre d’affaires mensuel ?

En termes de chiffre d’affaires mensuel, nous l’estimons autour de 10 millions de F CFA. Le fil avec la boutique nous donnent autour de 10 millions de F CFA le mois.

Est-ce que votre association arrive à fournir à des marchés autres que ceux du Burkina Faso ?

Nous participons un peu partout aux expositions. De 2009 à maintenant, nous ne pouvons pas dénombrer le nombre de fois que nous sommes sorties avec nos produits, dans la sous-région, au Niger, au Togo, au Ghana, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. A l’international, nous avons fait l’Europe comme la France, l’Italie et aussi les Etats-Unis. L’association est allée donc un peu partout depuis sa création en 2009.

Comment est-ce que vous gérer les bénéfices générés par vos marchés ?

Les bénéfices que nous gagnons servent toujours à accroître la taille de l’association. On estime qu’on n’a pas encore suffisamment grandi. On travaille à base de crédit, que nous soldons au fur et à mesure et on s’équipe davantage. Mais aussi on a un système de petits crédits qu’on se donne pour que chacune puisse avancer un peu de façon individuelle.

Cela voudrait-il dire que chacune a au moins une autre entreprise ailleurs où elle travaille pour son propre compte ?

Oui normalement dans le tissage, lorsque vous prenez une tisseuse, elle a au moins cinq personnes derrière elle. Elles ne se disent pas entrepreneures mais elles le sont par ce travail. Seulement elles ne vont pas jusqu’au bout pour essayer de développer une entreprise formellement. C’est pourquoi j’ai décidé pour ce qui me concerne, de mettre en place une entreprise personnelle (entreprise Innovation textile et service, qui est un centre de production et de formation professionnelle), pour non seulement créer de l’emploi, mais aussi pour montrer le chemin aux autres. Au niveau de l’association, on ne peut pas se faire un salaire. Donc je la créé, non pas pour diviser, mais pour encourager les autres membres à emboiter le pas en créant aussi des entreprises et c’est par là que nous verrons ce que c’est que l’autonomisation proprement dite de la femme.

En dehors de cette association, est-ce qu’il y a d’autres avec lesquelles vous interagissez ?

En dehors de l’Association des femmes tisseuses Teegawendé, je vous ai parlé de l’Association femme unies pour le progrès du Faso où je suis aussi la présidente. Mais elle est une association qui regroupe toutes les catégories socioprofessionnelles. Dans le domaine du tissage, nous avons la Fédération nationale des tisseuses du Burkina et la Confédération coton textile et habillement récemment mise en place. De façon générale, nous travaillons avec toutes les structures qui sont dans le domaine du tissage, pendant les évènements nationaux dans lesquels le métier du tissage est impliqué.

Quel est le lien qui existe entre toutes les associations que vous avez citées ?

L’association Femmes unies pour le progrès du Faso est une association mixte. C’est pour dire qu’elle regroupe des commerçantes, des restauratrices, des tisseuses, etc. C’est à partir de cette association que nous avons vu l’engouement qu’avaient les tisseuses de se regrouper. C’est ce qui a fait naitre l’Association des tisseuses Teegawendé qui regroupe exclusivement les tisseuses.

En 2009, quand on créait Teegawendé, nous étions autour de 600 femmes de la zone de Kourittenga, Cissin et un peu Nagrin. Mais par la suite nous avons reçu d’autres membres venant d’autres quartiers de la ville de Ouagadougou, notamment Rimkieta, Bonheur Ville, Kamsontenga, Bassinko, etc. Le travail que nous faisions a plu aux gens et c’est comme ça que d’autres personnes sont venues s’ajouter. Ce n’était plus un cercle de quartier, mais de plusieurs acteurs d’une même filière, venant de plusieurs quartiers.

Exceptée Femmes unies pour le progrès du Faso, tout ce qui est de la Fédération nationale des tisseuses du Burkina, c’est à partir de l’association des tisseuses Teegawendé que nous avons migré vers une structure nationale. Et c’est à partir de la décision du gouvernement de faire du pagne du Faso Danfani le pagne du 8-Mars. En ce moment se tenait la Fashion Week sur Kwamé N’Krumah et nous étions en pleine exposition.

Et avec la présence de toutes les régions, nous avons essayé de mettre un comité de pilotage pour répondre à la décision qui venait de naître. Et c’est dans ces démarches auprès du gouvernement qu’est née la Fédération nationale des tisseuses du Burkina et je vous signale que ça été à la demande de son excellence monsieur Roch Marc Christian Kaboré. Quand nous sommes allées le rencontrer, il a déclaré que le comité, c’est bien, mais restreint. Donc qu’il fallait élargir de sorte à prendre en compte tout le national.


Mais comme vous êtes déjà organisées en association de base, mettez-vous ensemble pour faire une fédération. Et c’est par là qu’est née cette fédération. Avec elle, on coordonne, on fait des plaidoyers ; en somme, on lutte pour la promotion de l’activité du tissage. Depuis 2017, nous sommes dedans et nous arrivons à décrocher les commandes suite à la décision de 2017, de considérer à chaque festival, le Faso Danfani comme pagne officiel. Cela est venu galvaniser la vie de notre structure fédérale. Parce qu’à partir de là, s’il y a une commande, la commande est gérée de façon participative. Même si à une festivité, c’est 100 pagnes que le gouvernement commande, tout le national doit tisser. Toutes les régions ayant des unions, chaque union se voit attribuer une quantité proportionnellement à sa capacité de production.

Progressant avec la Fédération nationale des tisseuses du Burkina, nous travaillons en parfaite collaboration avec les cotonculteurs, la Filature du Sahel, les couturiers et l’ensemble des tisseuses, et cela est une idée de l’OPUT (Organisation de l’UEMOA pour le textile). C’est l’OPUT qui a demandé un soutien de la Francophonie, pour que nous mettions en place une confédération qui va regrouper toute la chaîne de valeur du textile, c’est-à-dire de la production du coton jusqu’à l’habillement (production-transformation-commercialisation). C’est là que récemment, le 25 janvier, nous avons pu mettre en place cette confédération.

Quelles sont les difficultés que l’association rencontre pour pouvoir mener ses activités ?

Les difficultés rencontrées sont aussi celles de plusieurs structures au Burkina. Souvent c’est une difficulté d’acquisition de matériel, difficulté de financement de nos activités ou encore difficulté d’engagement même des membres. Nous, on est passionné, engagé et on voudrait que tous les membres soient dans la même dynamique. Mais c’est dommage, parce que d’autres ne voient pas ça dans ce sens et refusent de se donner à fond. Donc c’est un petit noyau qui est resté engagé. Mais là aussi c’est le niveau de compréhension des femmes, pour pouvoir se mettre ensemble et faire bouger les lignes, qui n’est pas à un niveau souhaité. L’autre difficulté est que la plupart des membres ne sont pas allés à l’école. On dirait qu’on a sélectionné pour nous mettre ensemble.

Lorsqu’on prend vingt femmes de l’association, vous ne trouverez pas deux qui sont allées à l’école. Ça été un grand handicap de 2009 jusqu’à maintenant. Et tant qu’on n’a pas une petite compréhension de certaines choses, il est difficile de pouvoir se donner à fond pour faire bouger les choses. Sinon, on serait même plus loin, à ce jour. S’il y avait quarante personnes dans le groupe qui étaient même très engagées, ce serait très bien. Dommage, le niveau de compréhension n’est pas assez poussé. Mais on poursuit avec les sensibilisations pour les amener à comprendre que seule on avance, mais ensemble on va très loin. Si aujourd’hui on a une grande promotion du Faso Danfani, c’est qu’il y a eu des gens qui ont bataillé, des gens qui n’ont pas dormi.

Interview réalisée par Etienne Lankoandé

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