À Canton, en Chine, les Africains soupçonnés d’être “porteurs du virus” sont pris pour cibles



Selon plusieurs médias, la communauté africaine vivant dans cette ville du sud-est de la Chine aurait fait l’objet de mesures discriminatoires allant des tests généralisés aux quarantaines forcées, jusqu’à l’expulsion de leurs logements. Une politique sanitaire sur base “ethnique” dont Pékin se défend.

Canton (ou Guangzhou) est la troisième ville la plus peuplée de Chine et comme l’explique la CNN, “elle abrite depuis longtemps la plus grande communauté africaine du pays”. La taille de cette population est difficile à jauger, explique le site de la chaîne de télévision américaine, “mais en 2017, on estimait qu’environ 320 000 Africains sont entrés ou ont quitté la Chine via Guangzhou”. Une communauté qui, ces derniers jours, a fait l’objet de nombreuses vexations et abus, selon le récit de la CNN.

“Le 7 avril, les autorités de Guangzhou ont déclaré que 5 Nigérians avaient été testés positifs au Covid-19, rapporte le média. Effrayées par la possibilité qu’un cluster de contaminations se développe dans cette communauté, les autorités ont augmenté le niveau de risque dans les quartiers peuplés d’Africains de ‘bas’ à ‘moyen’.”

Des bars et restaurants fermés aux Africains

Pire, selon le site de la chaîne de télévision américaine – qui rapporte les déclarations du consulat des États-Unis à Canton – “la police a ordonné aux bars et aux restaurants de ne pas servir les clients d’origine africaine. De plus, les autorités ont lancé une campagne de tests au Covid-19 obligatoires pour tous ceux qui seraient rentrés en contact avec des Africains, sans prendre en considération les éventuelles périodes de quarantaine effectuées précédemment.”

Des mesures exceptionnelles qui s’expliquent par la volonté affichée de Pékin d’éviter une deuxième vague de contaminations “importées” de l’étranger, mais qui sembleraient ne s’appliquer qu’aux Africains, comme l’explique le média en ligne Quartz Africa :

Selon les statistiques publiées cette semaine par les médias d’État chinois, les Britanniques, les Américains et les Philippins représentent plus de la moitié des étrangers vivant à Guangzhou ayant contracté le virus. Toutefois, il ne semble pas que ces personnes aient fait l’objet d’expulsions comme les Africains.”

Outre les mesures “discriminatoires” des autorités, les Africains de Canton semblent devoir aussi faire face à l’hostilité d’une partie de la population. Ainsi, la CNN rapporte de nombreux témoignages affligeants, comme celui du commerçant nigérian Chuck, revenu à Canton (où il vit) le 21 mars “une semaine avant que la Chine ne ferme ses frontières à la plupart des étrangers”. “On lui a dit qu’il fallait qu’il se mette en quarantaine à l’hôtel pendant deux semaines, raconte le site, mais lorsqu’il est sorti – même s’il disposait d’un certificat qui attestait de sa bonne santé – il a été refusé par tous les hôtels et est pratiquement devenu un sans-abri.”

D’autres histoires sont racontées dans l’article de CNN, celles d’Africains expulsés de leurs logements sans-explication par leurs bailleurs. Des histoires auxquelles s’ajoutent les images qui ont circulé sur la toile d’Africains dormant dans la rue, à côté de leurs bagages, mais aussi des vidéos de la police “harcelant” des personnes noires dans la rue.

“le gouvernement chinois traite tous les étrangers en Chine de la même manière”

Face à cette situation délicate, une première réaction des autorités africaines est à enregistrer, puisque le “jeudi 9 avril, le ministre nigérian des Affaires étrangères, Geoffrey Onyeama, a déclaré dans un Tweet qu’il avait invité l’ambassadeur de Chine au Nigeria, Zhou Pingjian, pour lui faire part de ‘la grande préoccupation de son gouvernement devant les accusations de mauvais traitements infligés à ses compatriotes à Guangzhou.”

Ce même jour, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a déclaré que “le gouvernement chinois traite tous les étrangers en Chine de la même manière et s’oppose à toute pratique différenciée visant des groupes spécifiques de personnes. Il n’a aucune tolérance pour les mots et les actions discriminatoires.”





A lire aussi

Laisser un commentaire