Algérie: Coronavirus – Programmes à l’arrêt, artistes désemparés


Alger — Vivre de son art a de tout temps été un challenge pour les artistes algériens réduits à guetter l’approche du mois du jeûne pour espérer décrocher un contrat, une aubaine devenue encore plus illusoire cette année où l’activité culturelle est à l’arrêt et la population confinée. Epidémie du Covid-19 oblige.

Pour les comédiens et acteurs, la récente suspension des tournages de feuilletons, sitcoms et autres tournées artistiques vient s’ajouter à l’irrégularité des contrats, plutôt rares et synonymes, pour eux, de difficultés sociales et financières au quotidien. Et la situation des artistes indépendants, tributaires de contrats saisonniers pour travailler et espérer gagner de quoi subsister le reste de l’année, est encore plus précaire en ces temps de crise sanitaire et de confinement des populations, contraintes d’arrêter ou de réduire drastiquement activités sociales, économiques et culturelles

Nabil Asli, un des premiers rôles du feuilleton « Machaïr 2 » -une coproduction algéro-tunisienne interrompue à mi-tournage- fait justement partie du lot. Pour lui, les artistes vont pâtir « financièrement et moralement » de cette mise au chômage aussi inattendue que brutale, en plein « haute saison artistique ».

Amine Boumédiène est du même avis. Inquiet après l’arrêt du tournage de « Dar Laâdjeb » -une sitcom dont seuls 15 épisodes sur les 25 prévus sont bouclés- et ses répercussions sur l’équipe, le comédien s’indigne des rémunérations des artistes. Des cachets « souvent dérisoires » pour leur permettre une « vie décente », sachant que la saison pleine se résume, pour eux, à trois ou quatre mois d’activité dans l’année, au mieux, assène-t-il.

Même son de cloche chez Abdelatif Aliane, le réalisateur de « Nostalgie de la ville d’Hussein Dey, rue Tripoli, pour qui le confinement va finir par anéantir l’activité culturelle, déjà « sclérosée ». Seul bémol: la crise sanitaire et la distanciation sociale imposée à tous « est tout de même propice à l’écriture et à la création », se console ce jeune artiste, à la double casquette de documentariste et de poète.

Avec des tournées déprogrammées, Idriss Benhadid, homme de théâtre et directeur artistique de « Sahra » et « En’Noussour » de Tindouf, est, lui, très pessimiste pour son avenir et celui de ses troupes. L’épidémie du nouveau coronavirus et les bouleversements qu’elle a induits sont tout simplement « catastrophiques, économiquement », se désespère-t-il.

Bien que logé à la même enseigne, Abdelaziz Benzina semble plus résigné. Tous les galas et cérémonies où le chanteur de Malouf était attendu les prochaines semaines et mois, autant dire l’essentiel de son carnet de commandes, ont été annulés. Mais « en ces temps difficiles, il faut savoir prendre son mal en patience », résume l’artiste, un brin philosophe.

La « garantie absolue »

De fait, le manque à gagner, voire les pertes financières sont tels que le ministère de la Culture a décidé d’intervenir par l’octroi d’aides « aux artistes dont les activités ont été suspendues » par mesure de confinement. Sont concernés, les professionnels de l’art, adhérents de l’Office national des droits d’auteurs et droits voisins (ONDA) ainsi que les artistes affiliés au Conseil national des Arts et des Lettres (CNAL).

Si elle approuve la décision des pouvoirs publics de débloquer des subventions aux artistes en difficulté conjoncturelle, Tounes Ait Ali ne manque pas de souligner que c’est bien l’absence d’un statut ad hoc qui les a précarisés et laissés sans protection.

Ce statut, les professionnels de l’art le réclament à cor et à cri depuis des lustres. De l’avis de cette comédienne et metteure en scène de théâtre, une telle réglementation qui devra définir la qualité d’artiste, « séparant ainsi le bon grain de l’ivraie » selon ses propres termes, « représente en toutes circonstances une garantie absolue » pour l’artiste, tranche-t-elle.



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