Bras de fer Paris-Conakry : début de la « désescalade » ? | Africa Guinee


CONAKRY-Marqués par des « passes d’armes » répétées avec en toile de fond les consultations législatives et référendaires contestées du 22 mars, les rapports entre Paris et Conakry  sont sur la voie de se « normaliser ». 

Après le discours d’Emmanuel Macron dans la soirée du lundi 13 avril, dans lequel il a évoqué l’annulation de la dette en faveur des pays pauvres, Alpha Condé le dirigeant guinéen s’est empressé à félicité son homologue français.

« Je félicite le président Emmanuel Macron pour son audacieuse initiative d’inviter ses pairs européens et occidentaux de procéder à l’annulation massive des dettes africaines pour permettre à notre continent d’accentuer la lutte contre le COVID19. Tous ensembles, du Nord au Sud! », a écrit Alpha Condé sur sa page officielle facebook dans les heures qui ont suivi le discours de Macron.

Alors que les relations sont froides entre Conakry et Paris depuis le référendum du 22 mars dernier, il était jusque-là difficile d’imaginer qu’Alpha Condé adresse ainsi des compliments à son homologue français. Ces derniers mois, les rapports entre Paris et Conakry ont été surtout marqués par des passes d’armes répétées avec en toile de fond les consultations législatives et référendaires contestées du 22 mars.

Preuve de la dégradation poussée de leur rapport, la Guinée a été oubliée dans le programme français Aphro-cov destiné à aider certains pays de l’Afrique francophone à faire face au Coronavirus. Mieux Alpha Condé a été récemment écarté de l’échange que Macron a eu 10 chefs Africains. Dans ce contexte de bras de fer, on s’interroge sur les véritables raisons qui ont poussé le dirigeant guinéen  à lancer des fleurs à Macron juste pour avoir lancé un appel à un allègement  massif de la dette des pays africains. Certains pensent qu’il s’agit là d’un clin d’œil qui vise à normaliser ses rapports avec la France.   

Car il faut le dire sans ambages, la France conserve une place clé dans l’économie guinéenne et sur les enjeux de développement. Le 13 mars dernier, Alpha Condé a signé un décret permettant d’ouvrir des négociations dans la perspective d’accorder un juteux contrat à Total Exploration dans le domaine offshore de la Guinée.

Le bras de fer qui s’enlise entre les deux pays ne profitera à personne. Paris a d’immenses intérêts français à protéger en Guinée tout comme Conakry avec son économie fragile a besoin des investissements de l’hexagone.  Dans tous les leviers de l’économie guinéenne, les entreprises françaises sont présentes. Qu’il s’agisse des domaines portuaires (Bolloré), téléphoniques (Orange), hydrocarbures (Total) ou des Infrastructures (Sogea Satom), les multinationales françaises sont leaders ou parmi les leaders en Guinée.

Durant les cinq dernières années,  l’action de France en Guinée s’est intensifiée dans tous les domaines. L’AFD (agence française de développement) est devenue un des principaux opérateurs du développement. L’enveloppe de AFD est passée à  plus 100Millions d’euros. Elle intervient dans des secteurs comme la Formation Professionnelle, l’Enseignement, l’Energie et l’Eau, la Santé, la Décentralisation, l’Agriculture, la gouvernance, les  Infrastructures etc.  Au vu de tous ces investissements, il difficile voire impossible d’imaginer la France tourner carrément le dos à la Guinée. Toute chose qui laisse croire que ce clin d’œil du président Condé à Macron sonne dans une certaine mesure comme un signe de désescalade entre Paris et Conakry.

Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112



africa guinee

A lire aussi

Laisser un commentaire