Brexit : Barnier tire à nouveau la sonnette d’alarme



Publié le 24 avr. 2020 à 16h11

La pression monte à nouveau. Au terme d’une semaine de discussions par vidéoconférence , Michel Barnier a certes loué le « professionalisme, la franchise et la détermination » de son homologue britannique David Frost . Mais le négociateur en chef européen pour le Brexit a surtout repris l’une de ses formules favorites, en anglais, pour prévenir : « plus que jamais, the clock is ticking »

Incohérence britannique

Si l’heure tourne, c’est parce que toute éventuelle extension de l’actuelle période de transition doit être décidée avant la fin juin. Or Londres ne veut pas en entendre parler. Il faut donc être en mesure, dans les deux prochains mois, d’effectuer de réelles avancées sur les points essentiels. « Nous avons besoin de vrais progrès d’ici juin si nous voulons trouver un accord », a prévenu le négociateur européen. Or, à ce stade, l’inquiétude est palpable, car « le Royaume-Uni n’a pas voulu s’engager sérieusement sur un certain nombre de points fondamentaux », a tranché le Français. Pour ce dernier, la position britannique est incohérente : le pays « ne peut pas refuser une prolongation de la transition tout en ralentissant les discussions sur des sujets importants »

Parmi les points d’inquiétude figure d’abord la concrétisation du principe, déjà acté, selon lequel l’UE et le Royaume-Uni devront se livrer, à l’avenir, une concurrence loyale. Ce « level playing field », comme on le nomme dans le jargon bruxellois, implique de s’entendre sur des mécanismes permettant d’éviter, notamment, de trop fortes divergences dans les domaines sociaux, environnementaux mais aussi fiscaux et même en matière d’aides d’Etat. Bruxelles redoute en effet que Londres, une fois garanti un accès sans restriction au marché européen, n’en profite pour pratiquer une forme de dumping. Mais Londres, de son côté, refuse tout mécanisme allant à l’encontre de sa souveraineté. « Il n’y aura pas d’accord commercial ambitieux sans un level playing field ambitieux ainsi qu’une concurrence ouverte et loyale », rétorque Michel Barnier. 

Gouvernance

Autre motif d’inquiétude : la gouvernance globale de l’accord. Pour Bruxelles, il est essentiel que les différents sujets soient pilotés et supervisés de manière transversale, dans un cadre en ligne avec les règles européennes. Londres, au contraire, souhaite multiplier les accords sectoriels et échapper au cadre européen. Concrètement, l’UE redoute que ce saucissonnage ne permette au Royaume-Uni d’échapper à des mécanismes garantissant un alignement sur les valeurs, le contre-terrorisme ou encore le changement climatique. Même inquiétude au sujet de la convention des droits de l’homme et de la reconnaissance du rôle de la Cour de justice de l’Union européenne. Le futur partenariat en matière de sécurité pourrait aussi s’en trouver fragilisé, prévient le Savoyard. 

Enfin, le sujet explosif de la pêche fait du sur-place. Londres n’a pas proposé de texte. L’UE, prévient Michel Barnier, ne « donnera pas son accord sur un partenariat futur sans une solution équilibrée, soutenable et de long terme » sur ce point.



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