Afrique: Renforcer les chaînes de valeur africaines d’équipements médicaux


L’Organisation mondiale de la santé a publié le 3 mars des estimations selon lesquelles la production mondiale d’équipements de protection devrait augmenter de 40 % afin de répondre à une forte hausse de la demande internationale. Si l’on ramène ces chiffres au niveau régional, on constate que l’Afrique, à elle seule, a besoin de 15,3 millions de masques, 5,2 millions de blouses, 273 300 lunettes de protection, 13,1 millions de gants et un demi-million de litres de désinfectants chaque mois.

La dépendance de l’Afrique vis-à-vis des importations

Quatre pays possèdent le monopole de l’offre mondiale d’équipements de protection : la Chine, les États-Unis, l’Allemagne et la Malaisie. Ils représentent à eux seuls la moitié des exportations mondiales. L’Afrique s’approvisionne principalement auprès de l’Union européenne (UE) et de la Chine, avec les cinq principaux exportateurs par produits qui représentent ensemble les trois quarts des importations africaines.

Certains des principaux fournisseurs de produits de santé en Afrique ont récemment introduit des restrictions à l’exportation, compromettant de ce fait l’accès du continent à ces produits essentiels. Tout particulièrement, l’accès aux lunettes de protection est problématique, étant donné qu’en moyenne, 76 % des importations africaines de cet équipement sont soumises à des mesures commerciales temporaires. Face à ces pénuries, les pays africains pourraient envisager d’augmenter la production régionale, en ajoutant de la valeur aux intrants disponibles et en coopérant avec des partenaires régionaux et mondiaux.

Renforcer les capacités régionales d’approvisionnement de produits médicaux

Actuellement, seul un litre sur six de désinfectant importé en Afrique provient de fournisseurs régionaux. En renforçant la coopération régionale et mondiale, ce pourcentage pourrait être revu à la hausse. La production de désinfectants nécessite trois intrants : de l’éthanol dilué avec de l’eau distillée, de la glycérine et des bouteilles en plastique. L’Afrique produit déjà de l’éthanol, des bouteilles en plastique et des bouchons en quantité suffisante. Le demi-million de bouteilles et de bouchons requis pour la fabrication de désinfectant correspond à une infime fraction des exportations mensuelles africaines de ces produits (0,2 % et 0,1 %), l’Égypte et l’Afrique du Sud étant les principaux fournisseurs. De même, les 374 000 litres d’éthanol nécessaires ne représentent que 1,5 % des exportations mensuelles du continent.

Cependant, la production locale de glycérine pourrait s’avérer insuffisante. Cela nécessiterait de mettre en place une stratégie d’approvisionnement mondial à court terme1. L’Afrique du Sud, le seul exportateur net de désinfectants du continent, s’approvisionne en glycérine principalement en Malaisie et en Argentine. Un autre fournisseur éventuel pourrait être l’Allemagne, avec un potentiel d’exportation de glycérine de 2,9 millions de dollars vers l’Afrique du Sud et de 6,7 millions de dollars vers l’ensemble de l’Afrique.

En ce qui concerne les gants chirurgicaux, l’Afrique dépend presque entièrement des importations de fournisseurs non africains. La Malaisie, la Chine et l’Inde représentent 84 % des importations totales. Alors que les gants chirurgicaux peuvent être fabriqués à partir de différents types de matériaux, le plus courant est le latex. Certains pays africains disposent d’abondantes ressources en caoutchouc et pourraient envisager d’en consacrer une partie à la production de gants. En utilisant moins de 1 % de ses exportations mensuelles de latex, la Côte d’Ivoire pourrait produire les 13 millions de gants dont le personnel de santé africains a besoin chaque mois pour faire face au COVID-19. Le Ghana et le Cameroun exportent également du latex mais n’exportent aucuns gants chirurgicaux.

Une réponse régionale face à la pénurie mondiale d’approvisionnement

Dans un contexte où la demande d’équipements de protection augmente considérablement, l’Afrique pourrait décider de renforcer les chaînes de valeur régionales et la valeur ajoutée locale pour contribuer à accroître l’offre mondiale de ces produits. Cela permettrait également de renforcer la résilience de la région face à des pandémies telles que celle du COVID-19. Nombre d’ingrédients nécessaires au développement d’une stratégie régionale sont déjà en place – la communauté internationale pourrait apporter sa contribution.



Read more

A lire aussi

Laisser un commentaire